Le diable

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Joris Karl le 04/10/2013

L’entreprise de nettoyage à sec Marine Le Pen passe à l’étage supérieur. Cette fois-ci, la présidente du Front ne fait pas qu’astiquer derrière les meubles. Après avoir javellisé les nazillons en mal de Troisième Reich, elle veut interdire à quiconque d’accoler le qualificatif« extrême droite » à son mouvement. « C’est crade », affirme-t-elle, la bouteille de Monsieur Propre à la main.

C’est vrai que d’être assimilé à longueur d’antenne aux miliciens vichystes, à Breivik le canardeur ou aux crânes d’œuf d’Aube dorée, ça donne de vous une image pas très nette.

« C’est une bavure intellectuelle », ajoute-t-elle, tendue comme la giclée d’un Kärcher. Marine Le Pen va encore plus loin : « Nous ne sommes absolument pas un parti de droite, ceux qui le pensent font une erreur d’analyse totale. »

Pousse-t-elle le bouchon ? Historiquement, soyons honnêtes : le FN de 1972 était composé et soutenu par des forces à l’extrême droite de l’échiquier politique. François Brigneau, ancien milicien ou Dominique Venner étaient tout sauf des gauchistes, si les mots ont encore un sens. Vous me direz, tout est compliqué puisque Pétain était qualifié par Blum de « républicain » et que le Maréchal a été « sacré » par la Chambre du Front populaire… Tandis que des affreux cagoulards rejoignaient de Gaulle à Londres !

La définition du terme pose problème. Dans les années 1880, l’extrême droite regroupait bonapartistes et légitimistes. Face à eux, Jules Ferry, figure du centre gauche, prônait la suprématie blanche : « Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » (discours de juillet 1885), tandis que Jaurès, un peu antisémite sur les bords à ses débuts, militait pour l’instruction militaire à l’école.

Jules Ferry fut donc, selon nos critères, un ignoble nazi en avance sur son temps. Tout comme Louis XIV ou Napoléon. En fait, depuis que l’idéologie harlem-désirienne est en place, tout le monde ou presque est d’extrême droite. Ad vitam taubiram : même Valls, même, selon Mélenchon, Christophe Barbier… Même mon chien, pourtant noir, qui a jappé le facteur, électeur de gauche !

À la limite, on peut définir l’extrême droite par son refus de la République. Mais alors le FN n’entre absolument pas dans ce cadre. Il a toujours participé loyalement aux élections et n’a jamais appelé au renversement du régime. A contrario, le FN actuel tente d’englober droite gaullo-bonapartiste et gauche nationale-républicaine, tandis que sa base s’appuie déjà sur l’ancien électorat poujadiste couplé au monde ouvrier jadis pro-communiste.

Marine Le Pen, dans son optique de grand rassemblement, acté par la promotion des Philippot ou autres Collard, est donc dans l’obligation de se dégager de l’infâme qualificatif. Au bout du compte, elle sera amenée à changer le nom du parti. Une Alliance des patriotes ou autre Unité nationale verra le jour.

C’est là que l’UMP pourra vraiment se faire du souci… si elle existe encore !