Cavin Edouard et Marion Maréchal-Le Pen oct2013

Figure emblématique du Front National, nièce de la « patronne » du parti et plus jeune députée de France (23 ans), Marion Le Pen est venue soutenir les candidats aux municipales en Côte-d’Or en 2014 à Quetigny. Elle n’exclut pas une victoire d’Edouard Cavin (en médaillon) à Dijon, contre François Rebsamen…

Le symbole se voulait avoir « de la gueule ». Marion Le Pen, 23 ans, plus jeune députée de France après sa victoire dans le Vaucluse en juin dernier, aux côtés d’Edouard Cavin, 23 ans lui aussi et candidat aux municipales de 2014 à Dijon. L’opération est-elle réussie ? On le saura quand les urnes auront rendu leurs résultats l’année prochaine.

Alors que ce samedi, Marion Le Pen était l’invitée d’honneur du Front National à Quetigny, au restaurant La Barqua, pour un banquet frontiste. Il était également l’occasion d’afficher les ambitions très nettes du Front pour ces municipales, en France, en Bourgogne, en Côte-d’Or et à Dijon.

Nièce de Marine Le Pen, la présidente du Front National, Marion Le Pen n’a pas manqué de mettre justement en avant sa jeunesse en prenant la parole. « Je crois partager le même âge que toi, Edouard », n’a-t-elle pas manqué de souligner d’emblée en regardant son voisin. En soulignant que le Front était « premier chez les 18-25 ans. Nous avons d’ailleurs présenté 130 candidats de moins de 30 ans aux dernières législatives ». La jeunesse, pour elle étant synonyme « d’anticonformisme et de pureté d’âme et de cœur, c’est ce qui manque à de vieux politiques qui sont en place depuis longtemps ». Juste avant d’ajouter, le sénateur-maire PS François Rebsamen appréciera : « je crois que c’est le cas à Dijon ».

Pour elle, « l’ambition d’Edouard (Cavin), c’est de gagner la mairie ». Place aux jeunes donc, en misant sur « l’engouement » provoqué « le changement d’image » du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui bien dissimulé par la nouvelle direction du parti derrière le décor…

Mais donner le pouvoir aux « jeunes » n’est-il pas un risque ? D’autant plus quand le FN n’a jamais, sauf dans le Sud de la France, obtenu des victoires aux municipales ? « Dire que, parce que l’on n’a jamais été au pouvoir signifie que l’on est pas capable de l’avoir est un fantasme » estime la députée.

Quant aux critiques sur la gestion des municipalités frontistes, Marion Le Pen, avec un argumentaire bien étudié, réplique : « Il y a beaucoup de mensonges sur les anciennes mairies FN. Mais nous avons de gros succès, notamment avec Jacques Bompard à Orange, réélu en 2008 dès le 1er tour. La gestion selon la vision du FN peut extrêmement marcher », estime-t-elle. D’autant que, toujours selon elle et en « tapant » sur le fameux « UMPS », elle tacle : « imposer le bipartisme est un échec. Notre nouvel électorat vient de l’extrême-gauche mais ça, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est que beaucoup d’autres sont des déçus du socialisme. Sur 700 candidats aux municipales, 40 viennent de la gauche. Cela pourra faire une différence entre les deux tours… », analyse-t-elle.

«Mes adversaires ont plutôt 60 ans…»

« Jeunes » idées contre « vieilles » idées. Le discours politique n’est pas neuf. Mais il est appuyé et constitue un axe important de la stratégie qui sera mise en place sur Dijon et ailleurs. Tout comme renvoyer dos à dos gauche et droite. Ce que ne manque pas de faire Edouard Cavin en prenant la parole à la suite de Marion Le Pen. On l’accusera de calquer son discours sur le national. Edouard Cavin le sait. C’est pourquoi ses premières paroles sont consacrées à la politique locale. Une occasion parfaite pour lui par « dézinguer » ce que le Front (et d’autres, ndlr) appelle « l’UMPS ». Pour lui, la fin de l’aéroport signifie simplement « l’arrêt de mort de ce qui permettrait de désenclaver l’agglomération dijonnaise ». A qui la faute de ces difficultés ? « La politique de François Rebsamen, qui est le « tout tram’ ». Pour lui, il faut donc « faire autrement et permettre à l’aéroport de continuer d’exister ». Autre sujet, remis sur le devant de la scène « grâce » au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, les Roms. « A Dijon, nous avons la « chance » d’avoir un camps de Roms, qui sert de pompe aspirante ».

Voilà pour le PS. Quant à l’UMP, elle n’est pas mieux jugée, bien au contraire. « Il suffit de se rendre au Conseil municipal, comme je l’ai fait ce lundi (lire notre article) pour constater que l’UMP vote comme la gauche ». Alors voilà qui est suffisant pour lui pour y croire : « La liste à Dijon est quasiment finie. Nous avons d’anciens UMP et quelques personnes du PS. Il y a une énorme affluence à la permanence, des appels réguliers et des jeunes de plus en présents ». Sur cette liste dijonnaise qui devra comporter, rappelons le, 59 noms, il annonce « des jeunes, des moins jeunes, des étudiants, des gens de toutes professions confondues, des étudiants, des Français issus de l’immigration, etc. ».

Face à lui ? « Deux sénateurs (François Rebsamen et Alain Houpert, ndlr) qui sont directement responsables de ce qui se passe en France ». Avec un avantage selon lui : « cela me permettra d’attaquer grâce à leur double casquette, le local et le national ».

Opportunisme ?

Des paroles qui n’ont pas été démenties, bien au contraire, par Estelle Arnal, présente dans la salle. Issue de Saône-et-Loire, elle-même sera la candidate du Front dans une autre grande ville de Bourgogne, Chalon-sur-Saône, face au député-maire PS et Vice-président de l’Assemblée nationale, Christophe Sirugue. Elle-même est âgée de 22 ans et était candidate aux législatives en Saône-et-Loire en juin 2012. Cette jeunesse affichée par le Front serait-elle une forme « d’opportunisme » comme accusait un journaliste dans la salle ? « Estelle n’est pas une novice et elle a franchi tous les grades du FNJ (Front National de la Jeunesse, la branche « jeunes » du FN, ndlr) et fait partie du bureau national du FNJ » réplique Edouard Ferrand, conseiller régional et « patron » du FN en Bourgogne, qui sera quant à lui à nouveau candidat à Sens (Yonne).

D’autant que Marion Le Pen, même si elle précise ne pas siéger en commission d’investiture pour les municipales détaille : « Nous ne voulons surtout pas nous voir reprocher de faire élire des personnes qui ne tiendraient pas la route ». Des propos immédiatement appuyés par Edouard Cavin : « c’est le seul parti qui donne réellement sa chance aux jeunes. Chez les autres, on ne voit jamais de candidat, que cela soit au PS ou à l’UMP, qui a même moins de 30 ans ». Et de lancer, comme une menace : « D’ailleurs, mes adversaires ont plutôt 60 ans… ».

A l’extérieur du bâtiment, des militants « antifas » au courant dans la semaine de la date, de l’heure et du lieu de rendez-vous étaient maintenus à distance par la gendarmerie. Malgré la pluie battante…

Des listes en Côte-d’Or

La venue de Marion Le Pen a également été l’occasion pour le FN de faire le point sur les autres listes. Même si, bien évidemment, la plus symbolique pour le parti sera la liste dijonnaise. Mais avec un espoir glissé par Edouard Ferrand, qui en a profité pour féliciter le secrétaire départemental pour la Côte-d’Or, Christian Launay : « Christian a fait un très bon travail. Grâce à lui, il y a une liste sur Dijon, ce qui n’était pas le cas en 2008 (le dernier candidat du Front national à Dijon était Charles Cavin, par ailleurs le père de Charles, ndlr). La liste dijonnaise va tirer vers le haut toutes autres listes de Bourgogne. C’est un  vrai emblème ». Avant d’ajouter : « comme on dit, qui ose gagne, et il y aura de grandes surprises en Bourgogne et notamment à Dijon ».

Sur le territoire du Grand Dijon, François Thieriot sera candidat à Fontaines-lès-Dijon contre le maire (UMP) sortant, Patrick Chapuis. Même si Christian Launay annonce aussi une liste à Chenôve mais sans plus d’éléments.

On sait aussi que sur le reste de la Côte-d’Or, le FN a investi Eric Tallec à Genlis. Sur ce sujet, Christian Launay, toujours sans plus de détails, évoque les villes de Brazey-en-Plaine, Nuits-saint-Georges, Saulieu et Montbard.

Par Bruno Lédion (photo de Jean-Christophe Tardivon) le 06/10/2013