Cantat

Bertrand Cantat a-t-il tué Marie Trintignant une seconde fois en confiant ses états d'âme aux Inrockuptibles dans le cadre de la campagne de promotion de son nouvel album ? Il faut beaucoup de bonne conscience pour oser se servir, toute honte bue, d'une tragédie comme celle-là à des fins bassement commerciales.

Indécence, ignominie, on ne trouve pas les mots. La dignité aurait imposé le silence mais, apparemment, Bertrand Cantat ne l'a pas retrouvée après son crime de 2003. Depuis qu'il a battu Marie Trintignant à mort (dix-neuf coups, dont quatre au visage, selon les médecins légistes), il geint à longueur de temps. Il faudrait qu'on le plaigne et il y en a pour tomber dans le panneau. Ce n'est pas là une histoire de pardon ou de rédemption, non, c'est l'histoire d'un assassin narcissique, as de l'auto-apitoiement, qui a toujours été dans le camp du bien et qui continue à s'aimer, sous le regard énamouré de ses fans.

La plupart des meurtriers ne cherchent qu'à se faire oublier

En France, 400 000 femmes sont battues tous les ans et une femme meurt tous les trois jours de violences conjugales. La plupart des meurtriers ne cherchent ensuite qu'à se faire oublier. Pas Bertrand Cantat. Il faut qu'il montre ses stigmates au bon peuple. Il en a même fait un métier et, pour un peu, se ferait passer pour une victime.

Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il vaut mieux faire partie de la gauche alternative quand on a massacré sa femme, mais force est de constater que Bertrand Cantat bénéficie d'une incroyable mansuétude. C'est normal. Il a la carte, comme on dit. La carte des bien-pensants. La carte de ceux à qui il faudrait toujours tout pardonner, même l'indécente instrumentalisation de cette tragédie.

Par Franz-Olivier Giesbert le 23/10/2013