Brigade franco-allemande

Le 7 novembre prochain, on sait déjà qu'une bonne soupe à la grimace, bien relevée, sera servie lors du dîner prévu à Paris entre le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et son homologue allemand, Thomas de Maizière. Ce dernier n'a pas vraiment apprécié l'annonce par Paris, le 30 octobre, de la dissolution du 110e régiment d'infanterie de Donaueschingen, dernier régiment français stationnant côté allemand. Son maintien de l'autre côté du Rhin, déjà très hypothétique depuis la réforme de 2008, n'avait été garanti à Berlin qu'en échange d'une contrepartie de poids : l'installation en France d'une unité allemande. Ce qui fut effectif en décembre 2010, avec l'arrivée de 600 hommes du Jägerbataillon 291 à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg. Le ministère de la Défense français a vite fait valoir, dans un communiqué du 31 octobre, qu'il maintient son "attachement au principe d'un stationnement croisé des troupes françaises et allemandes : la France conservera un niveau d'effectif stationné en Allemagne équivalent à celui des forces allemandes stationnées en France". C'est effectivement le volume actuel des éléments français du bataillon logistique de la BFA stationnés à Müllheim.

Effet d'aubaine, pour la dernière fois

La dissolution du 110e régiment d'infanterie n'est pas une surprise : l'entourage de Jean-Yves Le Drian a passé des jours à chercher des localités où les garnisons pourraient disparaître sans trop de conséquences électorales pour les scrutins de l'an prochain. Une implantation en Allemagne est de ce point de vue une aubaine, mais ce sera la dernière fois. Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, deux unités de la BFA, le 16e régiment de chasseurs et le 3e régiment de hussards, avaient repassé la frontière pour s'installer dans l'Hexagone. Mais il serait vain, au vu des réalités budgétaires, de penser à maintenir l'armée de terre dans l'ensemble de ses implantations. Une réduction de format se traduit nécessairement par celle des emprises. Ce que le ministère de la Défense traduit par la formule : "Les contraintes budgétaires auxquelles la France est soumise, comme l'ensemble des pays européens, impliquent aujourd'hui des choix difficiles quant aux formats de nos forces." C'est la première réalité que la décision unilatérale française entérine.

Constat d'échec

La seconde réalité n'est autre que le constat d'échec qu'il faut se résoudre à tirer de la courte vie de la brigade franco-allemande. Officiellement créée le 2 octobre 1989 - un mois tout juste avant la chute du mur de Berlin -, puis mise en place le 17 octobre 1990 à Böblingen, elle était le résultat d'une initiative prise par le chancelier allemand Helmut Kohl, présentée au président français François Mitterrand en juin 1987. Cette année-là avait d'ailleurs été faste du point de vue de la coopération bilatérale, puisque plusieurs accords de première importance avaient été signés, dont la création des conseils de défense franco-allemand et le lancement définitif du programme d'hélicoptère d'attaque Tigre.

Un état de mort cérébrale

Vingt-trois ans après sa naissance, la BFA n'a pas convaincu. Adepte de la méthode Coué, Jean-Yves Le Drian voit en elle "un symbole fort du haut niveau de coopération franco-allemand en matière de défense. Elle constitue également un outil politique et militaire au service des intérêts de sécurité de nos deux pays et de l'Europe". Ce n'est pas exact.

Que les unités qui la composent soient de bon niveau, certes. Il ne manquerait plus que ça ! Qu'elles aient individuellement participé à des opérations dans les Balkans, soit ! Que son état-major se soit déployé à Kaboul, très bien ! Mais où sont le projet, le symbole, la force de l'emblème de deux pays réconciliés conduisant des opérations communes, se déployant ensemble sous un commandement unique ? Les choses auraient quand même eu de la gueule si des unités binationales de la BFA étaient allées courir ensemble sus aux méchants au Mali ou en Afghanistan. Au lieu de cela, rien. Des grandes phrases, des défilés du 14 Juillet, mais rien de concret.

La disparition du 110e régiment d'infanterie signe l'entrée de la BFA en état de mort cérébrale. Si le gouvernement français voulait faire preuve de courage politique, il assumerait ses actes et annoncerait son retrait de la brigade franco-allemande.

Par Jean Guisnel le 03/11/2013