Peillon PS

Plusieurs membres du Réseau associatif RESF estiment que le ministère de l'Intérieur ne veut pas raviver le mouvement des lycéens après l'affaire Leonarda en procédant à de nouvelles expulsions.

Quelques semaines à peine après les expulsions de Khatchik et de Leonarda, le ministère de l'Intérieur ne pouvait pas laisser passer un «nouveau manque de discernement de ses services», raille le Réseau éducation sans frontières (RESF). C'est sur intervention de Vincent Peillon, soutient RESF, qu'un lycéen marocain sans-papiers a été libéré d'un centre de rétention lundi soir, quelques heures à peine après son arrestation. Ce que le ministère de l'Éducation nationale dément formellement.

Abderazak Moukharbich, 21 ans, élève en bac pro au lycée Chenevière-Malézieu à Paris, a été arrêté dans le train à Angers le 10 novembre et placé en rétention à Rennes.

«Le directeur de cabinet de Vincent Peillon m'a appelée pour me dire que le ministre était intervenu, indique au Figaro Marianne Cabaret, qui a suivi le dossier du jeune homme pour RESF. Je lui ai même demandé son numéro de téléphone portable, et je l'ai rappelé pour le remercier, après m'être assurée que le jeune avait bien été libéré».

Quant à Abderazak, qui vit en France depuis quatre ans, il est «très content», selon Marianne Cabaret, et envisage «d'écrire à M. Peillon pour le remercier». Tandis que le cabinet du ministère de l'Éducation affirme que «personne du cabinet n'a appelé RESF», la militante persiste. «Je comprends pourquoi ça les gêne, souligne-t-elle. C'est de bonne guerre. Mais en même temps, s'ils ne l'avaient pas libéré immédiatement, ils auraient eu à nouveau tous les lycéens dans la rue…»

Une école «sanctuaire»

Un autre jeune sans-papiers, «François, lycéen qui prépare son bac pro à Lyon», raconte Marianne Cabaret, a été libéré, la semaine dernière, après «deux jours à peine» de rétention. «Maintenant, ils vont faire attention avant d'arrêter les lycéens…, renchérit Dante Bassino, autre militant de RESF. A notre connaissance, il n'y a pas d'autres lycéens en rétention actuellement. En revanche, il y en a beaucoup qui ont des obligations de quitter le territoire français (OQTF)! Donc le problème n'est pas réglé définitivement: ce qu'on veut, c'est que la loi change».

L'expulsion, le 9 octobre, vers le Kosovo de Leonarda Dibrani, 15 ans, interpellée en marge d'une sortie scolaire avait suscité un émoi considérable à gauche. Vincent Peillon avait alors défendu l'idée d'une école «sanctuaire». Selon l'un des coordinateurs de RESF, Richard Moyon, «depuis les affaires Leonarda et Khatchik, le gouvernement a renoncé à expulser les lycéens sans-papiers». «Il ne faut pas qu'ils aient honte de ce qu'ils font, insiste-t-il, mais qu'ils l'assument et l'inscrivent dans la loi.» Une «journée nationale de manifestations» est toujours prévue le samedi 16 novembre.

Par Stéphane Kovacs le 13/11/2013