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C’est le genre de vote de principe qui n’a aucune incidence concrète sur la vie des citoyens mais qui se révèle fort riche d’enseignements. En choisissant de faire mettre aux voix un « vœu pour une TVA réduite maintenue aux transports publics », le groupe Europe Écologie/Les Verts au conseil régional n’ignorait pas que celui-ci serait quasi automatiquement adopté par l’UMP, l’UDI et le FN en ces temps de « ras-le-bol fiscal » généralisé.

La présidente PS, Marie-Guite Dufay, avait eu beau prévenir ses « alliés » qu’elle et les élus du Parti socialiste n’entendaient pas se désolidariser du gouvernement en la matière, ni en aucune autre d’ailleurs, rien n’y a fait. Le PS a été mis en minorité par ce rapprochement politique EELV-UMP-FN de circonstance.

Chacun s’en est ouvertement expliqué, dans une certaine tension. le conseiller jurassien Marc Borneck et Eric Durand, pour les écologistes, d’abord, qui ont insisté sur la nécessité de soutenir le développement des transports publics pour « réduire l’usage de la voiture individuelle et les pollutions qu’elle génère ». Cette progression annoncée de 5,5 % à 7 % de la TVA, pour eux, va à l’encontre de la lutte contre le dérèglement climatique et frappera de surcroît « les ménages les plus modestes ».

Marc Borneck a rappelé qu’à l’Association des régions de France et au sein du Groupement des autorités responsables des transports, beaucoup partageaient ce point de vue et que voter de tels vœux les renforçait dans leurs démarches pour convaincre le Premier ministre d’infléchir sa position. Eric Durand, soulignant qu’il s’exprimait en « élu de gauche », a ajouté que si l’État avait besoin d’argent, il existait d’autres « pistes » à explorer comme la taxation du capital ou le maintien de l’écotaxe, par exemple.

Enchantée de l’aubaine, l’opposition, dans ses diverses composantes, a salué ce « vœu pragmatique et plutôt louable » qui « transcende les clivages politiques », selon Stéphane Kroemer, UMP. Lequel n’a pas hésité à voir, dans le texte d’EELV, le « prolongement » naturel des amendements déposés à l’Assemblée nationale par les députés de droite. La présidente du groupe Front National, Sophie Montel, a fait plus simple encore, en précisant qu’elle et ses amis approuvaient l’initiative parce que l’augmentation prévue allait « pénaliser les plus précaires ».

Candidat à la mairie de Besançon pour l’UMP, Jacques Grosperrin, battu à deux reprises aux dernières cantonales et législatives par Eric Alauzet d’EELV, l’a reconnu : « Pour moi, voter avec les Verts, comprenez que ce n’est pas facile ». Au PS, cela a fait sourire même si Loïc Niepceron et Joseph Parrenin, entre autres, ont fait comprendre en termes plus ou moins subliminaux à leurs chers « amis Verts » ce qu’ils pensaient de leur façon de « se distinguer ».

Sinon, l’assemblée s’est retrouvée pour un hommage qu’on devinait plus ou moins sincère, selon les bancs, à la garde des Sceaux Christiane Taubira. Si l’on a compris qu’à la tribune un texte de soutien à la ministre soit lu par la conseillère PS doloise Sylvie Laroche, la décision étonnante de suspendre cinq minutes la séance plénière en appui de cette démarche – interruption dont beaucoup ont profité pour aller prendre un café au bar – est apparue comme un symbole antiraciste d’une efficacité plus improbable. Mais le militantisme a ses logiques que le cartésianisme profane ignore.

Par Jean-Pierre Tenoux le 15/11/2013

Le Progrès