Foule 3

Ils s'appellent Fouad, Georges ou Pierrette. Ils ont fait acte de bravoure face à des délits dont ils étaient témoins ou victimes. La police salue ces réactions citoyennes mais se méfie des dérives.

"Quand j'ai entendu la mamie crier, je n'ai pas hésité: j'ai couru après le voleur. Je me disais que si on avait agressé ma grand-mère, j'aurais eu les boules! C'était un simple réflexe civique. J'espère que n'importe qui aurait fait pareil à ma place."

Sauveur ? Héros ? Pas de ça avec Fouad. Pour ce Niçois de 28 ans, il était tout naturel de secourir la septuagénaire braquée par un ado le 7 novembre dernier. Son point commun avec Pierrette, Georges, Marie-France et d'autres anonymes qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines? Chacun, à sa manière, a fait acte de bravoure face à des délinquants. Pour protéger soi-même ou autrui.

Comme des policiers

"Ce sont tout simplement des actes de civisme", estime le commissaire Nicolas Hergot, patron de la sûreté départementale, qui s'est vue remettre deux arracheurs coup sur coup. "L'interpellation en flagrant délit n'est pas réservée aux policiers. La différence, c'est que nous, on est armés et formés pour ça. Mais quand des témoins le font sans se mettre en danger et sans esprit de vengeance privée, on ne peut que s'en réjouir!"

Le danger, c'est ce sexagénaire tué en tentant de stopper deux braqueurs à Marignane, le 22 août dernier. La vengeance privée, c'est ce que le procureur de Nice reproche au bijoutier qui a abattu un braqueur, le 11 septembre, quand le commerçant invoque la légitime défense. Deux cas extrêmes qui ont alimenté un débat: exaspérés par l'insécurité, les citoyens décideraient-ils de jouer les justiciers?

"Dans un contexte de ras-le-bol, d'irritabilité et de perte de confiance en l'État, beaucoup de gens peuvent réagir sur un coup de sang,estime Laurent Laubry, secrétaire départemental du syndicat AlliancePeut-être qu'ils en ont marre de l'irrespect envers la société."

De son côté, le commissaire Hergot relativise: "Cette exaspération, ces réactions citoyennes ont toujours existé". Elles sont du reste prévues par la loi.

Gare aux dérives

En la matière, il n'existe nul outil statistique. À ce jour, les policiers azuréens n'ont pas constaté de phénomène de fond. Reste que, loin d'y voir un désaveu, les hommes en bleu perçoivent ces coups de main "d'un bon œil", selon Fred Guérin, délégué départemental du syndicat majoritaire Unité-SGP"Même si on fait beaucoup d'interpellations en flag', on ne peut pas être partout. Après, ça reflète aussi notre manque d'effectifs…"

S'il ne manque pas de louer ce"réveil des citoyens", Fred Guérin met en garde contre les dérives. "Il faut garder une certaine mesure. Les gens réagissent à chaud, sans formation… Et on sait quels risques comporte la vindicte populaire.

Voilà au moins un point sur lequel s'accorderont les deux grands syndicats policiers, par-delà leurs sensibilités divergentes. "Gare au risque de vindicte populaireprévient Laurent LaubryChacun son métier. Et la sécurité, c'est un métier."

Le 23/11/2013