Garcin Malsa

Une commune de Martinique, Sainte-Anne, demande à toute entreprise répondant à un appel d'offres de dire si elle a des ascendances avec d'anciens esclavagistes.

Le crime paye. C'est en tout cas ce qu'entend démontrer la petite ville de Saint-Anne, en Martinique, en incitant les entreprises à expliquer comment elles ont bâti leur richesse et combien la traite négrière y a contribué. La commune d'environ 5.000 habitants, très prisée des touristes pour ses plages de sable blanc, demande aux chefs d'entreprises désirant répondre à un appel d'offre de justifier le passé de leur groupe et de dire si ou non, elle a exploité des esclaves. Le maire, Garcin Malsa, est aussi le président du Mouvement International pour les Réparations (MIR).

Le Conseil représentatif des associations noires (Cran), à l'origine de l'initiative, s'est inspiré d'un texte adopté en 2000 en Californie, qui demandait aux compagnies d'assurance travaillant pour l'État de faire la lumière sur leur passé. D'autres États avaient rapidement suivi, ce qui avait conduit des grands groupes tels que JP Morgan à reconnaître avoir exploité plus de 13.000 esclaves. L'entreprise a ensuite créé un programme de bourses pour les étudiants afro-américains en guise de réparation.

«La vérité est la première des reconnaissances»

Garsin Malsa, le maire de la commune refuse de voir de la «discrimination» dans cette démarche. D'autant plus «qu'aux Antilles, très peu de grandes fortunes se sont construites sans profiter de l'esclavage», explique Louis-Georges Tin, président du Cran. Peu de chance donc que la municipalité ait à choisir entre deux groupes, l'un ayant profité de l'esclavage et l'autre non, «tant que le clivage économique est lié au clivage colonial», poursuit le représentant. Quant aux groupes refusant de répondre, ils ne seront officiellement pas défavorisés. Difficile toutefois de croire que la municipalité ne favorisera pas les entreprises acceptant de rendre des comptes sur leur passé lors de l'attribution de marchés publics.

Se pose une seconde question, celle de la possibilité de tenir quelqu'un pour responsable de crimes commis il y a plus de 100 ans. «Les entreprises sont des personnes morales, et les personnes morales ne meurent pas, répond le président du Cran. L'argent ne meurt jamais. Le capital de départ qu'elles ont engrangé, notamment grâce à l'esclavage, continue de fructifier.» Il s'agit pour le défenseur des droits des noirs de faire la lumière sur la part des inégalités sociales d'aujourd'hui issues de l'histoire coloniale. «La vérité est la première des reconnaissances pour les descendants d'esclaves. Il ne s'agit pas de diaboliser les entreprises, mais de dire les choses. La SNCF assume par exemple sa collaboration avec le régime nazi durant la seconde guerre mondiale», poursuit-il.

Même discours pour Garsin Malsa, pour qui «il y a pas mal d'entreprises, en Martinique et ailleurs, qui ont constitué leur capital sur l'esclavage et la traite négrière». Il entend, avec cette clause, «faire toute la lumière sur les profits issus de l'esclavage». Il évoque «à la fois une démarche de devoir de mémoire et de réparation», précisant qu'il pourrait s'agir, à l'avenir, «d'inciter ces entreprises à embaucher des afro-martiniquais».

Par Judith Duportail le 29/11/2013

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