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Les routiers, chauffeurs comme patrons, étaient massivement présents hier, à Chalon, seul point de blocage en Bourgogne d’un mouvement de contestation national.

La goutte qui fait déborder le vase. C’est bien l’expression que l’on a le plus entendue hier, au rond-point de Droux. Ce vaste giratoire de Chalon sud, point névralgique de la circulation puisque desservant l’accès à la RCEA, l’A6, et l’ex RN6, était bloqué par les transporteurs routiers. Pour eux, cette fameuse goutte d’eau prend la forme de l’écotaxe.

« Il y a déjà quelques années que nous sommes à la limite, mais avec cette écotaxe, on bouffe nos dernières marges. On va basculer dans le rouge ! » soutenait un routier. À côté de lui, Pascal Chevassu, représentant de l’OTRE (Organisation des transporteurs routiers européens), ne pouvait qu’acquiescer. « Nos clients n’ont plus de marge de manœuvre, nous n’avons plus de marge, les particuliers non plus. Pourtant, le coût de cette taxe, il va bien falloir le faire porter à quelqu’un. C’est un nouvel impôt, une couche supplémentaire et là, ce n’est plus possible de vivre ! »

La crainte

Si l’écotaxe était montrée du doigt, c’est aussi le fonctionnement d’un secteur professionnel qui était remis en cause. Eric Rousseau, patron d’une société de transport dans la Nièvre (150 camions) et Pierre Thibaud, patron transporteur à Serley, étaient bien d’accord sur ce point. Voyant au loin une noria de « camions rouges » faire demi-tour devant le barrage, ils ne pouvaient s’empêcher de sourire. Jaune tout de même. « C’est tout le fonctionnement de notre activité qu’il faut revoir. Je suis persuadé que chacun peut avoir à manger dans notre profession, dit Éric Rousseau. Mais il faut qu’on arrête ce dumping social. On court à la catastrophe car il n’y aura plus de limites. Vous savez que dans des filiales polonaises d’entreprises françaises on commence à recruter des routiers philippins ? Les Polonais deviennent trop chers ! »

C’est pourquoi, dans la liste des revendications, figure aussi « la suspension du cabotage », pour permettre aux entreprises françaises de reprendre un peu le dessus sur le territoire national.

« Tôt ce matin, un camion Géodis a fait demi-tour. Le chauffeur, c’était un slovaque, et Géodis, c’est une filiale de la SNCF… Il y a de quoi s’énerver non ? » lâchait le Bressan Pierre Thibaud.

Pourquoi maintenant ?

Reste tout de même une intrigue. Quand on demande pourquoi cette manifestation n’a pas été organisée un peu plus tôt, lors de la mise en place de l’écotaxe, sous le précédent gouvernement, les réponses fusent un peu moins vite… Certains avancent la mauvaise entente avec l’autre syndicat (la FNTR, qui n’appelait pas à la grève hier), d’autres pointent une condition économique « moins préoccupante qu’aujourd’hui ». Un autre répondra avec un grand sourire complice avant de résumer : « Toutes nos taxes ont augmenté ces derniers mois. Et qu’elle soit de droite ou de gauche, cette écotaxe, elle va tous nous plumer. »

Par Lionel Janin le 01/12/2013