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Les organisateurs de cette marche de protestation contre la prochaine hausse de la TVA évoquaient un peu plus tôt le chiffre de 100.000 participants. Un écart qui risque d'ouvrir une nouvelle polémique entre Jean-Luc Mélenchon et le ministère de l'Intérieur.

Un long cortège rouge s'est étalé paresseusement dimanche entre la place d'Italie, dans le XIIIe arrondissement de Paris, et la place Bernstein, près de Bercy. La manifestation de Jean-Luc Mélenchon et du Front de gauche contre la hausse de la TVA a rassemblé des militants de la gauche radicale et de l'extrême gauche, sans déborder chez les écologistes ou les socialistes.

Les organisateurs ont revendiqué 100.000 personnes, mais la mobilisation était au moins deux fois moindre que lors de la marche en faveur de la VIe République organisée par la gauche radicale place de la Bastille en mai. La Préfecture de police, après avoir indiqué qu'elle ne donnerait aucun chiffre, a évalué la foule à… 7000 personnes seulement. «Ce sont des chiffres farfelus dictés par le ministre de l'Intérieur», a tempêté le Parti de gauche. De quoi, pour Manuel Valls, s'attirer une nouvelle fois les foudres d'une gauche radicale qui ne le porte déjà pas beaucoup dans son cœur.

Certes, au départ place d'Italie, la circulation routière n'a pas été interrompue et à l'arrivée, à quelques mètres des fenêtres du ministère de l'Économie à Bercy, il a fallu que l'animatrice lance un appel aux manifestants pour qu'ils convergent sur la place plutôt que de rester éparpillés dans les rues adjacentes. Mais les manifestants, au plus fort de l'après-midi, étaient bien quelques dizaines de milliers. De quoi rivaliser sérieusement avec les «bonnets rouges» réunis samedi à Carhaix.

«Le rouge que certains usurpent, a lancé à l'arrivée de la manifestation le secrétaire national communiste Pierre Laurent, nous le portons depuis toujours au cœur, en bonnets, en écharpes, pour défendre les travailleurs! Il n'a pas de frontières régionales, nationales ou européennes…» Depuis le départ, le Front de gauche s'est montré réticent face au mouvement des «bonnets rouges», qui mêle les ouvriers aux patrons. «Qu'on ne compte pas sur nous, a ainsi prévenu Pierre Laurent, pour confondre la colère avec la vieille revendication patronale du zéro impôtJean-Luc Mélenchon a dénoncé leurs positions régionalistes, aussi nocives pour lui que le racisme.

«La France est en 1788»

Ces «bonnets rouges», cependant, n'étaient pas le cœur de cible de Mélenchon. Pour l'ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle, la manifestation «pour un changement fiscal radical» était avant tout «une manifestation d'opposition de gauche». «Hollande caresse le capital, le peuple répond révolution fiscale», a-t-il scandé alors que la porte-parole de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, était présente dans le carré de tête avec les leaders de la gauche radicale. Olivier Besancenot du NPA a préféré rester avec ses troupes en fin de cortège mais la porte-parole du parti, Christine Poupin, a pris la parole à la fin.

Pierre Laurent, de son côté, ne semblait pas troublé, dans sa dénonciation du gouvernement, par les accords locaux noués entre le PCF et le PS en vue des municipales, notamment à Paris où le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon a fait le choix inverse de partir sous ses propres couleurs. «La méthode Ayrault, c'est un petit tour de consultation alors que, dans son équipe, on écrit (la réforme) en même temps, sans tenir compte des revendications sociales. L'expérience nous l'a déjà prouvé…», a-t-il jugé alors que les présidents des groupes parlementaires du Front de gauche vont rencontrer Jean-Marc Ayrault sur la fiscalité.

Jean-Luc Mélenchon - qui affirme dans Le Parisien, que «la France est en 1788» - est préoccupé par le climat social qui, selon ses pairs et lui, profite d'abord au Front National. En marge de la marche, des militants ont été interpellés par des passants pour avoir voté Hollande au second tour. Militant Front de gauche, Nicolas, la trentaine, le regrette. «Si c'était à refaire, je voterais blanc. Nous avions Sarkozy mais à ce moment-là au moins, nous étions plus et mieux mobilisésMélenchon et Laurent ont appelé toutes les forces de gauche, politiques, associatives et syndicales, à se retrouver d'ici à quinze jours pour une nouvelle mobilisation en janvier. «Au vu du mauvais climat social, nous ne pouvons qu'être satisfaits de cette première mobilisation», a estimé Éric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche.

Par Sophie de Ravinel le 01/12/2013