integration mécanique

Remis au premier ministre, il doit servir de base à une « refondation » qui débutera en janvier.

Une réunion sur le thème de l'intégration rassemblera début janvier une partie du gouvernement autour du premier ministre. Entre leurs mains, les ministres auront un rapport en cinq volets, qui stigmatise «cette injonction à l'intégration». «On veut changer la manière d'aborder l'intégration, explique-t-on à Matignon. On s'oriente vers une politique fortement ancrée sur l'égalité des droits et la lutte contre les discriminations».

Lors de son discours de politique générale, en juillet 2012Jean-Marc Ayrault avait annoncé son «ambition de renouveler en profondeur l'approche des questions d'intégration en France». Cet été, cinq groupes de travail thématiques («Faire société commune», «Habitat», «Protection sociale», «Connaissance reconnaissance», «Mobilités sociales») ont été constitués, auxquels ont participé des représentants des services de l'État, des collectivités territoriales, des associations, des partenaires sociaux ainsi que des chercheurs. «Refonder notre politique d'intégration suppose de répondre à l'attente des personnes immigrées et de leurs descendants: être considéré comme n'importe quel Français», était-il précisé dans la lettre de mission des «personnalités qualifiées» choisies pour présider les groupes de travail. «Une telle démarche ne peut réussir qu'à la condition d'admettre que la richesse de l'héritage légué par les migrants au fil des âges fait partie de l'identité française

«Changement de mot»

La lecture des cinq volets de ce rapport, qui viennent d'être publiés sur le site du premier ministre, donne un aperçu de la «feuille de route» dont souhaite s'inspirer le gouvernement. Ne parlons plus d'intégration !, préconisent-ils en substance. «Symboliquement, l'abandon du terme peut constituer un signal fort pour celles et ceux qui sont soumis à cette injonction au quotidien et à tort», analysent les experts missionnés par le gouvernement. Mais le «changement de mot» n'est pas suffisant: il doit «s'accompagner d'une transformation du sens de l'action et de l'intervention publique qui soit visible», exhorte le rapport. Il s'agira donc, désormais, de «faire France en reconnaissant la richesse des identités multiples».

Sommés «d'opérer un déplacement, un pas de côté dans la façon de concevoir ces questions», les experts font carrément demi-tour. Autorisation du voile à l'école, création d'un «délit de harcèlement racial» et d'une «Cour des comptes de l'égalité», ces propositions détonantes vont-elles être reprises par le gouvernement? Le premier ministre, en tout cas, «salue la grande qualité» de ces travaux. «Pour moi, il s'agit de déraciner le peuple français…», s'inquiète Malika Sorel-Sutter, ancien membre du Haut Conseil à l'intégration. Ce Haut Conseil à l'intégration dont les experts critiquent «l'appellation», dénoncent l'opposition «à la promotion d'un Nous inclusif et solidaire» et concluent qu'«il y a donc lieu d'y mettre fin».

Sorel

Interview.  Pour Malika Sorel-Sutter, ancien membre du Haut Conseil à l'intégration, le rapport sur l'intégration remis au premier ministre est «une rupture assumée avec l'héritage du peuple français».

Comment jugez-vous les recommandations de ce rapport?

Elles sont fidèles à la commande de Matignon, qui avait adressé une lettre de cadrage très claire aux ministres concernés. La rupture avec l'héritage du peuple français est pleinement assumée. Rien n'est laissé au hasard, comme en témoignent les recommandations qui détaillent les modalités de la rééducation des masses. Il faut traquer les Français de souche culturelle européenne et leur propension à discriminer l'autre, en mettant sur pied de nouvelles institutions, ainsi qu'une multitude de mesures dignes d'une véritable police de la pensée. Même la langue française voit sa suprématie contestée ! À aucun moment on ne trouve l'expression d'une quelconque reconnaissance de dette pour tout ce que la France a pu donner aux étrangers extraeuropéens et à leurs enfants. Le nombre de fois où apparaît le mot «devoir» est révélateur de l'esprit du texte: 13 fois seulement, tandis que le mot «droit» est cité 440 fois!

Qu'a en tête le gouvernement, selon vous?

Il faut se souvenir ici du rapport de Terra Nova intitulé «Gauche: quelle majorité électorale pour 2012?».L'électorat y était passé au scanner: «La population des Français issus de l'immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire», notait-on. Il est manifeste que cette refondation de la politique d'intégration n'est pas innocente. Elle nourrira le ressentiment des Français, avec une traduction probable dans les urnes...

Que peut-on dire de la composition des groupes de travail?

Les cinq rapports dénotent une grande homogénéité dans l'approche. À quelques exceptions près, la plupart des membres sont inconnus sur les sujets traités. Mais il ne faut pas accorder trop d'importance à la composition des groupes, qui m'apparaissent comme de simples cautions: l'entreprise était déjà décidée.