Prostituée France

Les enquêteurs du SRPJ de Toulouse ont démantelé un réseau international de proxénétisme. Six personnes ont été écrouées dans un chef de clan d’origine roumaine. Quinze victimes prostituées ont été identifiées.

Alors que les comités de quartier toulousain dans les secteurs des Ponts-Jumeaux dénoncent régulièrement les nuisances liées à la prostitution de rue dans ce secteur, la police judiciaire toulousaine vient de frapper un grand coup dans la fourmilière. Au terme de six mois d’enquête et de surveillances minutieuses, les policiers du groupe proxénétisme du SRPJ de Toulouse ont démantelé un réseau international de proxénétisme roumain. Treize personnes âgées de 45 à 21 ans dont un chef de clan dénommé «Marian» ont été interpellées dernièrement à Toulouse par les enquêteurs. Six de ces suspects ont été mis en examen et écroués pour proxénétisme aggravé en bande organisée et association de malfaiteurs. Un dossier dont de nombreuses ramifications sont établies dans plusieurs pays européens dont le Portugal, l’Espagne, l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Les enquêteurs du SRPJ ont travaillé sous la conduite du juge d’instruction Jean-Michel Gentil à la juridiction interrégionale spécialisée, à Bordeaux (Jirs) qui traite des affaires de criminalité organisée et de grosses délinquances financières. Une enquête qui illustre la façon dont est tenu le trottoir au sein d’une organisation type pyramidale avec des têtes de pont basées en Roumanie.

«Une organisation mafieuse par excellence», indique un enquêteur. Quinze filles âgées d’une vingtaine d’années et originaires de Roumanie ont subi à la fois pression physique et psychologique pour se prostituer autour du boulevard de Suisse. Elles étaient sous la coupe de «lieutenants» directement mandatés par des chefs de clans qui tirent les ficelles depuis la Roumanie. Parmi ces filles, l’une d’elles, enceinte, était contrainte de se prostituer trois jours avant son accouchement. Les proxénètes pouvaient récolter jusqu’à 300 à 400 € par soir. Le réseau était domicilié route de Seysses, chemin Lapujade, route de Launaguet et dans le quartier Empalot, entre squat et appartements modestes dont la location était assurée par le chef de clan. «Ces victimes sont repérées très jeunes dans leur pays d’origine par des bandes mafieuses qui les livrent à la prostitution. Ils exploitent et profitent de la difficulté sociale de ces filles pour amasser de l’argent et parfois se faire rembourser des prêts contractés par les familles de ces jeunes femmes», décrypte un spécialiste des réseaux de prostitution.

Le réseau tournait dans les grandes villes de France et parcourait le Sud-Ouest, de Bordeaux à Montpellier. Dans chacune de ces villes, un «lieutenant» tenait le réseau et engrangeait les revenus issus de la prostitution avec l’aide de quelques femmes, victimes au départ, puis elles-mêmes actives au sein de l’organisation. L’enquête devrait également s’intéresser aux revenus et aux investissements réalisés avec l’argent de ce business du sexe. C’est la troisième fois depuis le début de l’année que la PJ toulousaine frappe un grand coup dans le milieu de la prostitution. Cette fois les enquêteurs, en seulement six mois et au terme de surveillances nuit et jour, ont décapité un réseau international très actif et mobile.

Depuis l’été 2013, à Toulouse, le nombre de prostituées de rue avait augmenté passant d’une centaine à 150 courant septembre. Pour l’essentiel des jeunes femmes originaires des pays de l’Est. Le phénomène avait touché des nouveaux quartiers de la Ville rose suscitant la colère de nombreux riverains et commerçants.

Lutte permanente

Cette année, les coups de filet contre les milieux du proxénétisme se sont multipliés à Toulouse.

Plusieurs services d’enquêtes travaillent et ont fait tomber au cours de l’année des proxénètes et leurs hommes de main.

C’était le cas en mars 2013 après une enquête du groupe de voie publique de la sûreté départementale. Un Roumain aux méthodes musclées, à la tête d’un réseau de jeunes filles tziganes qui vendaient leur charme boulevard de Suisse, a été écroué. «Dans ces affaires, l’argent récolté est souvent réinvesti ailleurs. Les bénéfices peuvent repartir directement en Roumanie où les souteneurs tirent les ficelles. L’argent peut aussi être réinvesti du côté de l’Espagne», explique un enquêteur.

Par Frédéric Abéla le 14/12/2013