Pointe-a-Pitre Guadeloupe

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Métamag

Par Michel Lhomme le 16/12/2013

Le quotidien local France-Antilles en avait fait sa Une dans son édition guadeloupéenne : la Guadeloupe étudierait la possibilité d’un couvre-feu imposé au moins de 16 ans. La violence en Guadeloupe devient si insupportable et si incontrôlable que les élus ont songé à une telle mesure radicale. Ils sont pourtant tous socialistes ! 

Cette violence alarme les élus locaux parce qu’elle prend de dramatiques proportions. Les statistiques sont imparables, la Guadeloupe serait le territoire le plus criminogène de la France. Les élus locaux ont donc planché sur une solution qui, dans la sémantique, semble radicale : imposer un couvre- feu aux jeunes de moins de 16 ans pour leur interdire les lieux publics après 22h s’ils ne sont pas accompagnés.

Dans la pratique, les élus soulignent qu’une telle mesure semble particulièrement simple à mettre en œuvre par le biais d’une série d’arrêtés municipaux mais en réalité elle sera complexe à appliquer puisqu’elle suppose une débauche de moyens en termes de forces de l’ordre et une capacité de répression lourde. Or, le commissariat de Pointe-à-Pitre est en sous-effectif et la prison de Basse-Terre est archi pleine ! Quoiqu’il en soit, voilà une idée qui ne manquera pas de franchir très vite les mers puisqu’en métropole, les statistiques de la délinquance grimpent comme jamais.

Pour les Outre-mer, le 10 octobre dernier, l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) a rendu public son rapport annuel sur les chiffres de la délinquance ultra-marine. Ce rapport s’appuie sur les faits constatés par les services de la police nationale entre août 2012 et août 2013. Pour le lire de façon récurrente dans les médias locaux, les départements d’outre-mer détiennent des records en la matière, suffisamment pour avoir justifié la venue du Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls aux Antilles.
 
Un budget de repli

Ceci étant, on ne solutionnera pas le problème de l’insécurité en Outre-mer sans affronter les problèmes économiques. Le budget des outre-mer a été voté à l’Assemblée nationale dans la nuit du 6 au 7 novembre. On peut être soulagé que ce budget passe la barre symbolique des 2 milliards d’euros mais c’est loin d’être un « budget de combat »,  selon l’expression pourtant employée par le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel
On peut clairement se demander comment le gouvernement aurait pu faire autrement que de maintenir ce qui est déjà largement insuffisant pour l’ensemble des territoires ultra-marins enlisés dans des situations économiques, sociales, écologiques, démographiques et sécuritaires dramatiques ? C’est un budget de la continuité mais surtout pas un budget de combat, de prospective ou d’ambition ! La légère augmentation budgétaire n’a pas été « l’occasion de réviser certaines priorités » comme l’a regretté à juste titre le jeune député UMP de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, Daniel Gibbs

Une incongruité par exemple : la baisse du budget du fret, 17 millions d’euros d’aide au fret en 2012, 6 millions d’euros cette année ! Réduire l’aide au fret à une peau de chagrin, n’est-ce pas refuser de favoriser l’intégration des collectivités d’outre-mer dans leur environnement économique régional alors que c’est l’une des clés du développement ? La politique de Victorin Lurel paraît ici incohérente

Enfin pour un gouvernement socialiste, on doit déplorer la faiblesse des crédits alloués à la résorption de l’habitat insalubre, qui concerne des milliers de logements (Guadeloupe et Mayotte plus particulièrement). Rien n’est fait non plus pour le développement régional ultra-marin, action lancée par l’ancien ministre Yves Jego.
L’enveloppe consacrée à ce développement régional a même baissé cette année or c’est là que se trouve l’un des plus grands challenges à relever pour ces territoires qui n’aspirent qu’à une seule chose : sortir de la dépendance budgétaire qui est la leur, sortir du carcan national jacobin, d’une économie de comptoir.
Développement interrégional caribéen, développement avec l’Afrique du Sud et le Kenya pour nos îles de l’Océan indien, partenariat avec la Chine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou et le Chili pour la Polynésie française.
Pense-t-on encore  rue Oudinot