Saint-Gilles (30) mairie

Il sera encore une fois l'attraction médiatique des prochaines municipales dans le Gard, seul département qui avait placé Marine Le Pen en tête au premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Le candidat sur qui les projecteurs des télés devraient se tourner dès début 2014À Saint-Gilles, là où il se présentera finalement, aux frontières des terres camarguaises, non loin de son fief de Vauvert où il possède une propriété, Gilbert Collard a prévu de convier tous les habitants dans un mas pour une galette festive le 8 janvier au soir. Avec comme invité d'honneur le comique Jean Roucas, l'ami marseillais de longue date qui se dit aujourd'hui "pestiféré" depuis son rapprochement avec le Front National. L'occasion, au moment des voeux, d'une plaidoirie vibrante, mi-préparée mi-improvisée, où Maître Collard excelle pour dénoncer la "stigmatisation des hommes libres" et le "droit à penser différemment". 

Et pour décomplexer tous ceux qui voudraient tenter autre chose que les partis traditionnels. Non encarté au FN mais investi corps et âme dans le Rassemblement Bleu Marine, l'avocat provençal est une nouvelle fois une des "meilleures chances" du parti des Le Pen dans le sud de la France. À Saint Gilles, bourgade rurale de 14 000 habitants, il avait récolté 48 % des suffrages au premier tour des législatives. Un quasi-plébiscite dans une cité ancrée à droite depuis des décennies. Jusqu'à ce que des dissensions personnelles ne fassent voler en éclat la municipalité UMP en 2010 et ne propulsent une majorité socialiste de façon totalement inattendue. 

Le maire PS actuel, Alain Gaido, sait cependant qu'il aura fort à faire pour garder son fauteuil entre le désamour national pour son camp et l'absence, cette fois, des voix de droite qui lui avaient échu pour barrer la route à Eddy Valadier, qui sera de nouveau candidat de la droite républicaine. Une partie des sympathisants de l'ancien maire UMP de 2008 à 2010, Olivier Lapierre, avait en effet préféré voter pour les socialistes plutôt que pour Valadier.

Saint-Gilles, une cité-dortoir

Et ces suffrages pourraient bien profiter cette fois à Gilbert Collard. D'autant que l'ex-premier magistrat avait annoncé soutenir l'avocat marseillais au printemps dernier, y revenant juste par la suite du bout des lèvres. Ambiance à droite...

Saint-Gilles fut d'ailleurs la première ville de plus de 10 000 habitants conquise par le Front National en 1989 grâce à Charles de Chambrun, transfuge gaulliste qui ne réussit cependant pas à imposer sa marque, obligé d'écourter son mandat faute de majorité dès 1992. Mais elle pourrait renouer avec le passé, car, dans cette zone rurale du Gard, les problèmes ne manquent pas : fort taux de chômage, absence de perspectives économiques faute de tissu industriel, cohabitation difficile entre les différentes populations issues de l'immigration ou entre saisonniers au moment des récoltes. Et sentiment d'une perte d'identité culturelle dans une ville devenue en partie banlieue-dortoir de Nîmes.

Tous les observateurs s'accordent d'ailleurs sur les priorités pour la cité : ramener davantage de sécurité, reconquérir le centre historique et développer le tourisme, notamment via le port fluvial. Reste à connaître la mise en musique puisque les candidats n'ont pas encore dévoilé les détails de leur programme. Et à savoir si droite ou gauche seront prêtes, le cas échéant, à un "rassemblement républicain" pour barrer la route à Gilbert Collard en cas de triangulaire au second tour. À moins que le très médiatique député de la deuxième circonscription du Gard ne crée la surprise et ne soit élu dès le premier tour comme l'affirment tous les caciques départementaux du FN.

Par Hervé Denyons le 24/12/2013