Municipale 2014

Ils ont moins de 30 ans et ont décidé de s’engager pour les municipales. Nous avons rencontré trois militants, une PS, un UMP et un FN qui seront peut-être élus demain. Aujourd’hui, dernier volet de notre série avec Rémi Audinet, encarté au FN depuis 2012 mais déjà sympathisant à l’époque de Jean-Marie Le Pen.

À 29 ans, Rémi Audinet figure sur la liste du candidat Front National, Jean-François Bloc. C’est le plus âgé des trois jeunes que nous avons rencontrés. Né à Boulogne-sur-Mer, Rémi Audinet est consultant en informatique de gestion. Et c’est pour lui aussi sa première campagne électorale. Mais pas ses premiers pas en tant que militant. Rémi Audinet a en effet pris sa carte au Front National en 2012. «  Mais je suis sympathisant depuis mes 18 ans.  » Le jeune homme n’est donc pas un mariniste. Il n’incarne pas la nouvelle génération de militants issue du prétendu ravalement de façade du parti créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen, dont Rémi Audinet se dit «  un inconditionnel  ». « J’apprécie l’homme politique, sa façon d’être en dehors des lignes. » Les dérapages ? «  Je m’en fiche, répète le jeune militant. Pour moi, le problème n’est pas là»

Le 21 avril comme déclencheur

Mais alors qu’est-ce qui a déclenché cet engagement ? Rémi Audinet hésite. Et puis finalement, ça serait «  plutôt le 21 avril  ». Rémi Audinet garde un mauvais souvenir des réactions de l’entre-deux tours. À l’époque, il était étudiant. «  La moitié des jeunes qui étaient dans la rue, c’était pour sécher les cours. » Un autre déclencheur serait un discours de Marine Le Pen pendant la dernière campagne de la présidentielle. «  Peut-être à Strasbourg.  » Rémi Audinet ne sait plus vraiment. Mais c’est après qu’il a pris sa carte et décidé d’aller plus loin dans l’engagement.

«  L’important, pour moi, c’est la nation. » Rémi Audinet a fait son mémoire d’étudiant sur la crise économique. «  Je sens bien Marine Le Pen mener la France» Et lui, être élu à Tourcoing ? «  J’ai entendu la demande de Marine Le Pen de s’investir. » Le jeune homme est lucide. Il sait que le FN n’a que peu de chances, pour ne pas dire pas du tout, de remporter les municipales. Mais il sait aussi que le Front National a besoin d’avoir des élus. Notamment pour les prochains scrutins. «  On va pouvoir voter aux sénatoriales  », dit-il en exemple. Et donc Rémi Audinet s’engage «  pour Tourcoing, mais aussi dans sa globalité, pour la France  ». Mais alors, s’il est élu, Rémi Audinet va-t-il vraiment s’investir localement ou sera-t-il juste là pour faire passer les idées du FN, comme l’extrême-droite actuelle au conseil municipal ? «  Je veux tirer les gens vers le haut  », dit le jeune homme. Le propos peut paraître un brin prétentieux. Mais le militant frontiste n’a pas encore les codes de langage de ses aînés.

Proche de Marion Maréchal-Le Pen

Avec ses aînés, justement, Rémi Audinet ne revendique pas de rupture. «  D’autant que sur la situation actuelle, le FN a les mains propres puisqu’il n’a jamais été au pouvoir» On le relance sur Jean-Marie Le Pen, qui vient d’être condamné pour ses propos sur les Roms, ce qui ne facilite pas forcément la campagne de tous les militants FN. «  Mais encore une fois, je m’en fiche  », répète le jeune homme qui avoue tout de même n’avoir dit que très récemment à sa mère qu’il est militant frontiste. Un militant qui connaît bien l’histoire de son parti et qui n’est pas, lui non plus, encore langue de bois. Si Rémi Audinet défend Jean-Marie Le Pen, il sait qu’en 2002 il n’était pas prêt pour le second tour de la présidentielle et que l’avenir de son parti est en train de s’écrire maintenant, avec Marine Le Pen mais aussi la jeune députée Marion Maréchal-Le Pen, dont il se sent proche.

Alors Rémi Audinet incarne-t-il une nouvelle génération de militants frontistes ? Pas forcément. Lui aussi, nous l’avions repéré sur Twitter où il communique avec ses adversaires locaux de l’UMP et du PS. À la différence d’autres militants frontistes, il le fait à visage découvert, utilise son nom et respecte ses interlocuteurs. «  C’est important de pouvoir échanger sur Twitter et je pense qu’il faut mettre les formes pour avoir un échange constructif. » Rémi Audinet va même jusqu’à apprécier son opposante socialiste Jessica Hammoutène : «  Une fille intelligente avec qui il est très agréable d’échanger. » Le début d’une longue carrière ? Comme les deux autres jeunes que nous avons rencontrés, Rémi Audinet ne sait pas où il sera dans dix ans. Avec une écharpe tricolore ? «  Je ne fais pas ça pour ça, mais si je peux agir » Rémi Audinet s’explique. Il a un travail, sa famille. Il s’est engagé, a franchi un cap. Mais la politique ne le fait pas encore rêver.

Source : Nord Eclair

Le 02/01/2014