Bulletins FN 2

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Métamag

Par Hervé Montbard le 07/01/2014

Tous les sondages le notent, tous les observateurs en conviennent, les prochaines élections municipales et européennes vont permettre de constater une nette progression du Front National par rapport aux précédents scrutins de mars 2008 et juin 2009. Progression en pourcentage des voix exprimées, en nombre de voix, en sièges de conseillers municipaux ou de députés européens.

Cette progression est facilitée par les faibles résultats enregistrés par cette formation politique lors des 2 scrutins précédents : 150 000 votants, 83 élus et moins de 1% des voix en mars 2008 d'une part, 1 million de suffrages, 6.3% des voix et 3 députés aux Européennes de 2009 d'autre part. De plus, elle est favorisée par une offre concurrente sans attrait : le Parti Socialiste en pleine déliquescence apparaît de plus en plus, à tort ou à raison, incapable de gérer une situation économique et sociale qu'il n'a pas anticipée. Le Front de gauche est en train de terminer sa vie commune avec les communistes qui s'éloignent de Mélenchon qui a joué le rôle dévolu aux idiots utiles, en n'ayant ni les mêmes objectifs, ni la même stratégie. Les Verts continuent à exposer leur amateurisme gauchiste et leurs pseudo-solutions. Les centristes poursuivent les tergiversations et les hésitations entre 2 équations sans inconnues qui sont celles du positionnement droite-gauche et du leadership entre Bayrou et Borloo. Enfin l'UMP minée par ses dissensions internes et son absence de programme est au bord de l'explosion. La progression du Front National sera donc très importante et le soir des scrutins, il apparaîtra à l'évidence comme le grand vainqueur, même si les commentateurs ne manqueront pas de souligner que ses résultats ne sont finalement pas à la hauteur de ce qu'ils attendaient. Et peut-être même sera-t-il, au soir du 25 mai, le premier parti politique français, c’est-à-dire celui dont les listes auront obtenu le plus de voix. 

Des victoires à la Pyrrhus? 

Si plusieurs municipalités peuvent être acquises aux diverses composantes du Rassemblement Bleu Marine, si le Front National obtient une quinzaine de postes de députés européens, si Marine le Pen préside au Parlement européen le groupe des eurosceptiques, si Florian Philippot est élu maire de Forbach et député européen, Louis Aliot maire de Perpignan et député européen, Steeve Briois maire d'Hénin-Beaumont, Robert Ménard maire de Béziers, Wallerand de Saint-Just président du groupe FN à Paris, Gilbert Collard maire de Saint-Gilles, la plupart des responsables nationaux du parti seront inévitablement moins disponibles aux manettes du parti et moins présents dans les médias. Car ils l'ont annoncé, les élus du FN seront plus présents dans la vie politique locale et ils veulent être jugés sur leurs résultats dans les villes qu'ils vont gérer. Ils ne devront surtout pas déléguer leurs responsabilités.

Les responsables régionaux désormais introduits dans les instances municipales vont devoir s'investir et risquent de s'y épuiser. A moins qu'une nouvelle génération de porte-paroles et de responsables nationaux n'apparaisse. Mais si les effectifs des adhérents du parti ont été en 3 ans multipliés par 3, cela veut dire qu'en passant de 25 000 à 75 000, il y a au moins 50 000 nouveaux encartés sans expérience politique réelle qui devront faire leurs armes.

De plus, le FN ne pourra plus se contenter de défendre ses positions européennes (sortie de l'euro, rétablissement des frontières, protectionnisme intelligent), d'affirmer qu'il faut limiter l'immigration légale, combattre l'immigration clandestine, lutter efficacement contre l'islamisme radical, diminuer le train de vie de l'Etat. Il va devoir, dans la perspective des élections régionales et cantonales de 2015 et surtout des échéances électorales de 2017, étoffer son programme, élargir sa base militante, agrandir le cercle de ses responsables nationaux, convaincre les partenaires potentiels que sont les anciens chevènementistes, les proches de Nicolas Dupont-Aignan ou certains cadres et adhérents de l'UMP, d'accepter d'être des compagnons de route. Il lui faudra encore présenter une ligne véritable et claire en matière de politique étrangère.
Bref, il lui reste beaucoup à faire pour apparaître comme une alternative crédible de gouvernement.

Certains de ses adversaires, prisonniers des schémas politiciens imaginent que le FN et le RBM vont devoir choisir entre la tendance "droitière" et "extrême-droitière" et l'aile "gauchiste" pour aller plus loin dans la conquête du pouvoir. On peut penser que cette analyse est dépassée par l'évolution de cette mouvance. D'une part, il faut admettre, aux dépens de nombreux esprits enfermés dans des attitudes obsolètes, que le choix de sortir des dérives de l'extrême-droite est entériné. Nombreux sont les responsables et militants issus de cette mouvance qui ont été écartés. Il ne se passe pas de jour sans que les observateurs objectifs ne notent que les thèmes qui pourraient rappeler ceux de l'extrême-droite ne sont plus ceux du FN

D'autre part, même si nombre de journalistes et d'hommes politiques s'accrochent à une analyse surannée qui fait du FN un parti extrémiste, raciste, xénophobe, il faut bien constater que cette attitude irrationnelle et trop commode, n'est plus celle de beaucoup de Français qui ne les suivent plus dans cette voie , laquelle en fait sert en premier lieu les intérêts du Front National qui met ainsi en évidence l'inanité des critiques qui lui sont faites. 

Certes, de nouvelles têtes vont apparaître dans le parti, mais ce dernier peut craindre qu'un succès trop important ne vienne paradoxalement gêner sa progression. Le pari pour lui c'est de réussir son implantation locale, de conserver son exposition médiatique, d'approfondir son programme, de permettre à de nouveaux porte-paroles d'apparaître, de jouer un rôle au Parlement européen, d'élargir son audience auprès des élites et de devenir ainsi une force de gouvernement.
 
Devra-t-il changer de nom comme évoqué successivement par Marine Le Pen, Louis Aliot et Florian Philippot ? Meilleurs seront les résultats électoraux prochains, moins la question se posera. Pourquoi changer une dénomination gagnante ?

Des paris difficiles qui peuvent être relevés

Un début de réponse sera apporté lors des élections cantonales et régionales qui devraient avoir lieu en 2015. Sans parler des lendemains difficiles qui ont suivi l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002, au succès du jour peut succéder un lendemain sombre. N'oublions pas que les Verts en 2009 aux élections européennes ont obtenu plus de 16% des voix et sont actuellement un parti maintenu en survie artificielle par la mouvance socialiste ou que le Modem mis sur les rails grâce aux 19% des voix obtenues par François Bayrou en 2007 n'existe pratiquement plus faute d'avoir su capitaliser les espérances suscitées.
 
Le FN est à un moment décisif de son évolution. S'il parvient à franchir victorieusement les obstacles qui vont se dresser devant lui après ses prochains succès électoraux, l'avenir de la France peut lui appartenir.
Certains le craignent, d'autres l'espèrent.