Dole assiègée 26 avril 1776

Besançon. Alain Vuillaume n’y va pas par quatre chemins. « Il faut empêcher Jean-Marie Sermier d’accéder à la mairie », dit-il. « S’il est élu, il est là pour trente ans. On va se retrouver avec un Pélissard 2 dans le Jura. »

Que le représentant du PCF, qui sera tête de la liste du Front de gauche à Dole, rende un tel hommage « en creux » au député UMP de la circonscription parti reconquérir la sous-préfecture n’est pas étonnant. Le candidat de la droite est un homme à forte longévité politique. Jusqu’alors engagé dans le Val d’Amour, il était depuis vingt-cinq ans maire de Cramans, présidait depuis vingt ans sa communauté de communes, est depuis douze ans installé à l’Assemblée. Sans oublier son bail au Département. C’est d’ailleurs, à l’en croire, cette durée qui a donné à l’intéressé l’envie de relever un autre défi. « Ma mission était remplie là-bas, il était normal de laisser leur chance aux autres », glisse-t-il.

Mauvais souvenir

Curieuse cité que Dole, capable d’être en majorité à gauche à certains scrutins tout en gardant Gilbert Barbier comme premier magistrat de droite à l’hôtel de ville. Longtemps, trop sans doute, ce qui provoqua une lassitude et un désir de changement et conduisit l’ancien chirurgien et sénateur à l’échec en 2008. A la surprise générale, car pas grand monde n’imaginait alors Jean-Claude Wambst, sous casaque PS après un compagnonnage culturel avec l’UMP en Côte-d’Or, l’emporter. Cette défaite a illico été classée dans la catégorie des « accidents » de parcours par la droite. « Jean-Claude Wambst n’a pas gagné, c’est nous qui avons perdu », répète encore Jean-Marie Sermier.

On l’aura compris, dans l’esprit du parlementaire qui a fait l’union de son camp autour de lui, c’est presque un affront qu’il lui convient de laver, un mauvais souvenir qu’il faut effacer. En annonçant en octobre 2013 qu’il solliciterait un second mandat municipal afin de « poursuivre l’action », Jean-Claude Wambst a dit n’avoir pas démérité et, réplique désormais culte de tout maire récent, qu’il avait « réveillé » la ville, endormie avant lui, forcément. Ce qui n’est pas l’avis de certains commerçants du centre, pour la plupart prompts à la critique quand on en bavarde dans leurs boutiques. En théorie, du pain bénit pour Jean-Marie Sermier.

« Ils géreront l’austérité »

Sauf qu’à Dole, quelques-uns s’avouent tentés par l’alternative FN, incarnée ici par Ghislaine Fraisse. Cette attachée de cabinet d’assurances, originaire de Belfort, s’était alignée en 2012 au départ des législatives. Au final, elle a frôlé 13 % des voix et n’hésite pas à aller prêcher sa cause aux Mesnils Pasteur, quartier réputé difficile. Elle croit sinon la victoire possible, du moins en son maintien au second tour en mars.

Cette perspective d’une triangulaire qui favoriserait la majorité sortante gêne Jean-Marie Sermier. Le député entend donc démarcher sans relâche cet électorat commerçant et le ramener à son bercail. « A nous de leur faire comprendre que voter FN reviendrait à reconduire une gestion de gauche qu’ils contestent et qu’avoir un ou deux conseillers frontistes au conseil municipal ne leur servirait à rien », explique-t-il.

L’ex-garde rapprochée EELV de Dominique Voynet, qui avait rallié Jean-Claude Wambst en 2008, rempilera avec lui. Surtout qu’un des grands dossiers à venir, c’est le retour en régie publique de la gestion de l’eau. « Ce processus de remunicipalisation a un impact écologique et social », insiste Marc Borneck, élu Vert. Le FN en fait également un cheval de bataille. Idem pour le PCF et Alain Vuillaume. Spécificité du lieu, leur liste Front de gauche se fera sans le Parti de gauche. « Nous les soutenons parce qu’ils portent nos idées mais sans participer », confirme Mario Morisi, porte-parole local de Mélenchon. Il est exclu, pour ce tenant de la radicalité, d’accepter une fusion avec l’équipe de Jean-Claude Wambst pour le second round, comme l’a d’ores et déjà prévu Alain Vuillaume pour éviter le « Pélissard 2 » de son cauchemar.

« Il faut être cohérent, à Dole comme partout, les élus du 30 mars n’auront d’autre choix que de gérer l’austérité décrétée par le gouvernement et que nous combattons… », tempête Mario Morisi. Lutte Ouvrière ne manquera pas d’être sur la même ligne, voire de s’afficher mieux-disante.

Par Jean-Pierre Tenoux le 10/01/2013

L'Est républicain 

Note BYR : Les propos du député du Jura UMP Jean-Marie Sermier comme quoi "un ou deux conseillers frontistes au conseil municipal ne leur servirait à rien" souligne s'il le fallait le mépris de cette classe policienne UMPS envers la population et singulièrement envers toutes ces personnes qui sacrifient de leur temps, de leur quotidien, pour faire avancer leur collectivité sans être des professionnels de la politique. Faut-il être salarié d'un parti politique où déjà en être l'un des élus pour se présenter  aux élections ?