Carte Bourgogne-Franche-Comté

Ce ne sont que quelques phrases de François Hollande, passées quasi inaperçues dans une conférence de presse fort dense. « Notre organisation territoriale devra être revue », a indiqué le président de la République. « Nous devons en terminer avec les enchevêtrements, les doublons et les confusions. Les régions se verront confier, dans une prochaine loi de décentralisation, de nouvelles responsabilités et seront dotées d’un pouvoir réglementaire local d’adaptation […] Une clarification stricte des compétences entre collectivités sera introduite […] Elles seront également incitées et invitées à se rapprocher. Les régions, d’abord, dont le nombre peut aussi évoluer. Il n’y a pas de raison à ce qu’il soit le même dans quelques années par rapport à aujourd’hui. » À écouter le chef de l’État, chacun a compris que les moyens, à l’avenir, iraient d’abord aux bons élèves.

« Aucun tabou »

En Franche-Comté et en Bourgogne, où les identités sont puissantes, ce sujet du regroupement ou de la « fusion » n’est pas nouveau. Il a souvent alimenté les polémiques du passé. À Besançon, la présidente PS Marie-Guite Dufay préfère retenir de l’intervention du chef de l’État sa première partie. « Le mouvement de décentralisation a été réaffirmé par François Hollande et ses propos confortent le fait régional », se réjouit-elle. « Après, faut-il diminuer le nombre des régions ? Il ne faut s’interdire aucun tabou. Je ne suis pas contre mais il faut voir comment être le plus efficace possible. »

La question, pour son collègue de Bourgogne François Patriat, porte en elle-même la réponse. Lui se dit favorable à une telle « fusion ». Il voudrait « une Université Bourgogne – Franche-Comté et une région Franche-Comté – Bourgogne. » Il ne nie pas que se poserait le problème du choix d’une capitale. « Et alors ? Ce serait partout pareil, entre Metz et Strasbourg pour l’Alsace-Lorraine et entre Caen et Rouen, en Normandie », assène-t-il. « Sommes-nous capables de jouer la carte de l’alliance et de la modernité ? Mieux vaudrait une région de trois millions d’habitants, identifiable par l’Europe, que deux petites régions qui galèrent chacune de son côté. »

Moins péremptoire, consciente de l’attachement paradoxal des citoyens à un cadre institutionnel dont ils contestent par ailleurs le coût, Marie-Guite Dufay pose deux priorités : « Quelles économies peut-on faire et comment être le plus efficace ? Si ça passe par une refonte des régions, il faudra y aller. Mais je n’en suis pas sûre. Certains dossiers nécessitent une taille critique et d’autres pas. »

En outre, rien n’indique que la fusion serait la solution adéquate alors que d’autres formules de recomposition territoriale « à la carte », basées sur la réalité des bassins de vie et d’emploi, sont possibles. En attendant, les présidents vont continuer de coopérer en matière d’enseignement supérieur, de santé, d’intermodalité. L’opposition les observe et ne veut pas que la Franche-Comté soit la « victime » d’une réforme uniquement imposée d’en haut. « Je vais demander l’organisation rapide d’un débat au conseil régional », prévient Hélène Pélissard, élue UMP du Jura, surprise que François Hollande trouve désormais des vertus à une réorganisation territoriale après avoir combattu et annulé celle voulue par Nicolas Sarkozy. « Il faut qu’on réfléchisse tous ensemble à cela. Comme notre région est petite, elle sera parmi les premières concernées. Je refuse le principe du fait accompli. S’il doit y avoir une réforme, il faut au contraire l’anticiper, se l’approprier, en être les acteurs et faire des propositions ».

Par Jean-Pierre Tenoux le 16/01/2014