Etudiants

Une personne ou deux, étrangère aux familles des deux lycéens des Arènes, à Toulouse, a signalé l’absence des adolescents à l’administration scolaire le 6 janvier. Qui a servi de couverture aux deux élèves ? La question est au cœur de l’enquête.

Qui a appelé à deux reprises le lycée des Arènes à Toulouse pour avertir l’administration scolaire, le 6 janvier, de l’absence des deux adolescents Hakim et Assan (1) ? Lors de ces deux appels téléphoniques passés le matin et à quelques minutes d’intervalle, au moins deux mystérieux interlocuteurs se sont fait passer pour la famille de ces lycéens, déjà en route pour la Turquie.

Cette question cruciale devrait être au cœur des investigations menées par la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris pour «participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme

Si le rôle déterminant des réseaux sociaux (Facebook et Instagram) dans le processus d’endoctrinement subi par les deux lycéens de 15 et 16 ans semble acquis, d’autres personnes proches de l’islam radical pourraient avoir joué un rôle actif dans leur embrigadement. Des islamistes de l’ombre dont la plupart ont déjà intégré l’art de la dissimulation - la fameuse taqiyya - pour éviter de se faire repérer, ont délaissé les lieux classiques (mosquées ou cités HLM) pour recruter. Depuis l’affaire Merah et après le démantèlement en 2007, à Toulouse, d’une filière d’acheminement de jihadistes vers l’Irak, les services de renseignement et l’antiterrorisme travaillent toujours sur l’activité occulte de ces réseaux terroristes. «C’est un travail de surveillance pour comprendre toutes les connexions possibles existantes», décrypte, sans trop en dire, une source du renseignement. Comme Jean-Daniel et Nicolas, les deux frères toulousains tués en Syrie, Hakim et Assan ont-ils pu se laisser séduire, au départ, par l’aventure d’un projet humanitaire à visée religieuse ? Probable.

À Toulouse, toute la communauté éducative est sous le choc deux semaines après le départ brutal des deux lycéens dont rien dans le comportement ne laissait entrevoir les signes du radicalisme religieux. Car l’affaire est bel est bien inédite : sur les douze mineurs en France partis en Syrie ou qui en ont manifesté le désir, seuls deux d’entre eux sont scolarisés, il s’agit des deux Toulousains Hakim et Assan.

Face à cette terrible réalité, l’académie de Toulouse qui compte 100 000 lycéens tente de relativiser mais ne cache pas son inquiétude. «L’école ne peut pas porter à elle seule la responsabilité de cette affaire», explique le Rectorat. Sans se défausser pour autant, l’institution scolaire fait également savoir que ces jeunes «ont été sensibilisés, comme des milliers d’adolescents, au cours de leur apprentissage scolaire, à l’instruction civique et citoyenne en ayant entre les mains la charte de la laïcité.» Très vigilante sur le décrochage scolaire, l’Éducation nationale inscrit dans ses actions le renforcement des liens entre enfants et parents pour que ces derniers ne soient pas exclus de la sphère numérique, réseaux sociaux compris. C’est le cas notamment au lycée des Arènes, avec le «café des parents», pour éviter que les adultes ne soient tenus à l’écart des pratiques numériques de leurs enfants. Peut-être une première clé pour comprendre pourquoi la radicalisation de Hakim et Assan a échappé à tout le monde.

(1) Les prénoms ont été volontairement modifiés.

Élève dans un collège musulman

Assan, le lycéen de 16 ans au parcours scolaire chaotique parti avec Hakim depuis le 6 janvier pour la Syrie et recruté pour mener le jihad, aurait été brièvement inscrit au sein d’école Alif, un collège musulman hors contrat, dans le quartier des Pradettes, à Toulouse. Selon un proche de sa famille, il aurait suivi des cours après la classe de 6e, en même temps qu’il suivait un enseignement à distance via le Cned. Nous avons joint hier le collège Alif qui, par la voix d’un de ses responsables, n’a pas confirmé cette information. Le collège est supervisé par le Rectorat qui vérifie le contenu des programmes dispensés au sein de l’école religieuse.

Par Frédéric Abéla le 21/01/2014