Engelmann et Gourlot FN

La CGT et plusieurs autres syndicats organisent une campagne anti-FN, alors que sur le terrain, ils perçoivent «une écoute plus attentive» aux thèses frontistes

A quelques semaines des municipales, la CGT, mobilisée avec la FSU, Solidaires, Unef, UNL et la Fidl, organise mercredi soir à Montreuil (Seine-Saint-Denis), un grand meeting «contre l’extrême droite, ses idées, ses pratiques». La soirée clôturera une journée d’ateliers, qui ciblent «le discours pseudo-social du FN». «On relance une campagne contre ce parti aux idées racistes, qui est vouée à durer autant qu’il faudra», explique Pascal Debay, membre du bureau confédéral de la CGT.

Ce grand événement anti-FN, préparé depuis des mois, hérisse le parti frontiste et plus particulièrement Fabien Engelmann, conseiller politique de Marine Le Pen et candidat FN à Hayange (Moselle). Syndicaliste, il a été exclu de la CGT après avoir été candidat aux cantonales de mars 2011 sous l’étiquette FN. «La CGT devrait s’occuper des salariés plutôt que s’immiscer dans la vie politique, s’occuper des sans-papiers ou affréter un bateau pour la Palestine», souligne le jeune conseiller. Critiquant «la bureaucratie des permanents» attachés «à gaspiller l’argent des cotisations», Fabien Engelmann assure aussi que le parti frontiste est beaucoup plus proche de la CGT que l’on pourrait le penser.

«Des silences plus révélateurs que de grandes phrases»

«Sur le terrain, on a des centaines de taupes au sein de la CGT, en plus de deux personnes au sein de la direction à Montreuil qui ont leur carte au FN», assure Fabien Engelmann. Des «taupes» vouées à «noyauter» la centrale, et faire remonter des informations au FN. Et qui, «évidemment, ne se dévoileront pas». Mais l’adhésion au patri frontiste de syndiqués peut prendre des formes publiques: le conseiller évalue «à une centaine» les syndiqués qui se porteront candidats aux prochaines municipales, citant sa colistière à Hayange Marie da Silva, ex-CGT désormais encartée à FO. «Le syndicat lui a demandé de se mettre en retrait pendant la campagne, mais elle n’a pas été exclue», rappelle Fabien Engelmann.

Le dirigeant de la CGT, Pascal Debay, reste dubitatif face à un quelconque entrisme frontiste, «quand bien même certains de nos 700.000 adhérents votent FN», confie-t-il. Mais la question du Front National reste sensible pour l’organisation syndicale, confrontée à une parole de plus en plus libérée. «Alors qu’il y a beaucoup de déceptions des salariés par rapport à la majorité, on a, sur le terrain, une écoute de plus en plus attentive aux thèses du FN», explique le cégétiste. «En Meurthe-et-Moselle, d’où je viens, il y a des silences qui sont plus révélateurs que de grandes phrases... Et on a aussi parfois des gens qui nous disent que gauche et droite, c’est la même chose», ajoute-t-il. C’est pourquoi «l’éducation populaire» des syndiqués et des salariés reste, selon Pascal Debay, la meilleure parade pour contrer le FN.

Par Anne-Laëtitia Béraud le 29/01/2014