CR Franche-Comté Besançon

Marie-Guite Dufay est certes attachée à la démocratie représentative. Mais impossible, en ce XXIe siècle impatient, de respecter le simple rythme de l’élection et de l’exercice du mandat suivis de la réélection ou de la sanction, comme naguère. Il faut désormais « consulter » en amont et de préférence pendant et après aussi. « Les mairies ont pour ça des conseils de quartiers », remarque la présidente. Faute d’un tel outil, la Région doit innover si elle veut créer du lien avec ses administrés. Cela passe par des panels de citoyens appelés à donner leur avis sur certains dossiers.

Cabinet spécialisé

C’est ainsi que soixante-dix personnes environ, issues de toute la Franche-Comté et de l’ensemble des classes d’âges, avec bien entendu une parité entre sexes respectée, ont été conviées hier à se prononcer sur le projet de contrat de plan État-Région 2014-2020 en cours de négociation et l’esprit qui l’anime. Le préfet Stéphane Fratacci est venu prendre quelques notes. Autour de tables rondes d’une dizaine de participants chacune, on a débattu sous la houlette d’un cabinet spécialisé. Au menu du matin : les emplois et filières d’avenir, l’enseignement supérieur et la recherche, l’internet très haut débit. À celui de l’après-midi : les dynamiques territoriales, les mobilités et la transition écologique, évidemment.

L’enseignement premier, c’est que les Francs-Comtois sont gens de bon sens, qu’ils connaissent leur terroir et ses atouts, qu’ils sont conscients des enjeux à relever et ne font guère dans la contestation. Grâce à des « zapettes » leur permettant de voter lors d’une séance dite de « capitalisation » – l’époque est aux appellations administratives ridicules -, ils ont pu répondre à différentes questions. Lors du test préalable de manipulation des engins, on a découvert qu’ils préféraient à 48 % le fromage de comté devant la cancoillotte (20 %), le mont d’or (17 %) et le morbier (15 %). Ce qui mérite d’être souligné.

« Mal nécessaire »

Les industries et plus largement les activités productives ont-elles un avenir en Franche-Comté ? Oui, il y a des « possibilités en se mobilisant », ont jugé 70 % d’entre eux tandis que 21 % croyaient à un avenir « probable » contre 9 % de pessimistes dont 3 % d’adeptes désespérés du « no futur ». Sujet plus épineux, le regroupement des universités de Franche-Comté et Bourgogne. C’est une « fusion qui assure l’avenir » pour 43 %, un « mal nécessaire » pour 24 %, une « perte pour la Région » pour 25 % et du « pareil au même » pour 7 %. Approche plus mitigée de l’internet qui « appauvrit » les services des administrations pour 59 % et les « modernise » pour 40 %, leur confère une « bonne visibilité » pour 34 % et une « meilleure accessibilité » pour 57 %. Les « 60 ans et + » étant plus nombreux à avoir répondu à l’invitation que les jeunes ce samedi, ils furent plusieurs à s’emparer du micro pour déplorer que les évolutions techniques se fassent « au détriment de l’humain, de l’emploi et au profit du rendement et de l’efficacité. »

Au final, à quoi cet aimable remue-méninges a-t-il servi ? À rien si l’on s’en tient au contrat de plan, pourtant prétexte de la rencontre. La démarche programmatique et financière est complexe, elle mobilise depuis de longs mois les agents de l’État et élus des collectivités, tout apport réel du fameux panel paraît dès lors improbable. Est-ce cependant un alibi ? Sans doute pas. Le « ressenti citoyen » a renforcé Marie-Guite Dufay et Stéphane Fratacci dans leur conviction d’être globalement en phase avec l’opinion. La preuve, 45 % ont dit vouloir que l’on utilise moins les voitures et 48 % s’affirment favorables à une sensibilisation accrue aux problématiques de l’environnement. Seul bémol, mais de taille, 77 % croient « plutôt » ou « tout à fait » que les inégalités territoriales progressent en Franche-Comté. En termes de cohésion régionale, c’est un signal d’alarme.

Par Jean-Pierre Tenoux le 02/02/2014