Mairie

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Philippe Randa le 04/02/2014

On assure que les Français sont attachés à leur maire. Mais à Noyant-la-Plaine, un village de 330 âmes dans le Maine-et-Loire, après 25 ans de bons et loyaux services, mais plus encore lassé d’un sacerdoce de plus en plus kafkaïen, Régis Moreau entend, lui, se détacher de sa fonction… à deux mois de la quille, soit à 60 jours à peine de la prochaine échéance électorale.

Il a ainsi démissionné en bonne et due forme et, avec lui, sa dizaine de conseillers municipaux, tous d’accord pour baisser les bras… et le faire savoir haut et fort !

« L’État nous impose de plus en plus de normes. Entre la réforme des rythmes scolaires, les aménagements pour les handicapés… on doit appliquer des mesures que nous n’avons pas choisies. Cela nous coûte une fortune, et nous n’arrivons plus à faire face », se plaint l’ex-premier édile qui explique dans Le Parisien : « Cela devient vraiment pénible, d’occuper cette fonction. Les dossiers que nous traitons sont de plus en plus complexes […] Notre population a été multipliée par deux. Beaucoup de familles d’Angers sont venues s’installer ici, attirées par les prix de l’immobilier. Le problème, c’est que ces nouveaux habitants sont habitués à la vie citadine et s’attendent à avoir les mêmes services chez nous. Mais c’est totalement impossible. »

Car à Noyant-la-Plaine, le budget communal de 200.000 euros ne permet pas de faire face à toutes les obligations, à commencer par l’application de la loi faisant passer les écoliers à la semaine de 4 jours et demi l’année prochaine. Le conseil municipal, avant de démissionner, l’a refusé. Pas par contestation politique ou simple mauvais esprit, mais parce que la ville ne dispose pas des structures suffisantes pour accueillir les enfants une journée de plus et que l’État n’accorde aucun moyen supplémentaire pour mettre en place la réforme.

La mairie a d’ailleurs aussi renoncé à goudronner une route et c’est monsieur le maire en personne qui a l’habitude de déblayer les chemins communaux avec son tracteur ou de confectionner à son domicile les décorations de Noël pour alléger les finances communales…

Évidemment, le sous-préfet Jean-Yves Lallart n’a pas manqué de refuser cette démission, mais au motif… qu’il ne la comprend pas ! « Cette commune n’a pas plus de difficultés que les autres, et le maire ne nous demande rien de particulier », s’étonne-t-il.

Il n’en va pas de même de l’Association des maires de Maine-et-Loire dont le président, Jean-Luc Davy, comprend tout à fait le ras-le-bol de ce maire, lui :« C’est le lot de bien des communes de moins de 500 habitants. Elles ne vivent que de la dotation de l’État et des impôts locaux. Les villes qui ne possèdent pas d’entreprises sur leur territoire ne peuvent pas compter sur la taxe professionnelle. L’argent de l’État se fait, lui, de plus en plus rare avec la crise. »

Quoi qu’il en soit, démission acceptée ou non, pour les deux mois qu’il reste à « tirer » au conseil municipal, l’avenir communal des Noyantaises et Noyantais est des plus incertains : on l’aura deviné, il n’y a évidemment pas de nouveaux prétendants…

Noyant-la-Plaine préfigure peut-être l’avenir municipal des petites communes : le manque de candidats autant que d’argent réglerait – évidemment et bon gré, mal gré – la question de leur utilité !