Lamy PS

En déplacement à Besançon, le ministre de la Ville doit rencontrer aujourd’hui les représentants locaux de la communauté musulmane, après une série d’actes racistes visant les mosquées bisontines.

Alors que les deux assemblées viennent d’adopter en première lecture, et à la quasi-unanimité, son projet de loi sur la cohésion urbaine, le ministre délégué à la Ville François Lamy est attendu ce samedi en Franche-Comté pour une visite qui le conduira à Planoise, l’une des quatre zones urbaines sensibles (ZUS) de Besançon, et à la mosquée Al-Fath, dans le quartier de Saint-Claude. Une rencontre avec les représentants des cultes et associations de lutte contre les discriminations est prévue, ce déplacement faisant suite aux profanations commises ces derniers mois sur différents lieux de prière et de rassemblement musulmans, à Besançon et Pontarlier.

Dans la nuit du 22 décembre 2013, une tête de cochon avait été déposée devant le portail d’enceinte de la mosquée Sunna, souillée auparavant, et à plusieurs reprises, avec des tags racistes et islamophobes. D’autres inscriptions du même acabit avaient fleuri durant cette période sur la façade du lycée Tristan-Bernard et devant la mosquée Al-Fath. « Rien ne peut justifier des actes ou paroles antisémites, antimusulmanes ou homophobes », indique le cabinet du ministre. Au lendemain des faits, celui-ci avait exprimé son « émotion » et son « soutien » aux représentants locaux de la communauté musulmane.

Manque de crédits

Au cours de sa visite, le ministre ne manquera pas d’entrer dans le détail du texte sur la ville que les deux assemblées devraient définitivement adopter en seconde lecture, la semaine prochaine. Comme ses prédécesseurs, M. Lamy souhaite, à travers cette énième loi, « permettre aux quartiers populaires défavorisés de retrouver les mêmes atouts que les quartiers privilégiés ».

Cette noble ambition se confronte d’emblée à la faiblesse des crédits alloués à la politique de la ville, s’agissant notamment du financement des nouveaux programmes de rénovation urbaine. Dans un contexte budgétaire très tendu, le texte est aussi critiqué pour sa pusillanimité. Redoutant de mécontenter les élus, à quelques semaines des élections municipales, le ministre a renoncé, comme il en avait d’abord manifesté l’intention, à réduire de manière drastique le nombre de quartiers prioritaires (QP, nouvelle dénomination des ZUS). Souhaitant éviter le « saupoudrage », M. Lamy souhaitait au départ concentrer les crédits disponibles sur les secteurs les plus défavorisés. Las. Alors qu’il en avait ciblé 500, le chiffre de 1 350 quartiers prioritaires est aujourd’hui évoqué, selon le journal Le Monde. La nouvelle carte de la politique de la ville devrait être dévoilée opportunément en avril, après les élections municipales. 2 400 quartiers bénéficient aujourd’hui du soutien de la politique de la ville mais, dans les faits, un peu plus de 1 000 absorbent l’essentiel des financements.

Le critère unique de la pauvreté

Très frileux sur la question de la participation des habitants aux actions de rénovation urbaine menées dans les quartiers – des « conseils de citoyens » pourront y être créés mais les maires conserveront l’essentiel de leur pouvoir décisionnaire –, la loi opère par ailleurs un revirement important. La pauvreté de la population sera désormais le seul critère pris en compte pour qu’un quartier soit reconnu comme « prioritaire » ; les autres paramètres tels que le taux de chômage ou la concentration sur de grands ensembles, considérés jusqu’ici, sont abandonnés. Ainsi, les quartiers pauvres des zones rurales mais aussi les petites villes en déclin pourront bénéficier des programmes de la politique de la ville. « L’égalité territoriale » prônée par le ministre y gagnera peut-être mais, selon plusieurs spécialistes, cette approche risque de pénaliser un peu plus les grandes banlieues populaires. Or, celles-ci connaissent avec la crise une désespérance et un risque de décrochage total, comme vient d’alerter l’Observatoire des ZUS.

Par Nicolas Bastuck le 08/02/2014

L'Est républicain