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Communiqué de Leif Blanc, délégué national à la ruralité, l’environnement et l’agriculture du 12/02/2014

En appelant, mardi, à une conclusion rapide des négociations du traité de libre-échange entre l’Union Européenne et les Etats-Unis, François Hollande montre une fois de plus le peu de cas qu’il fait de l’avenir de nos agriculteurs.

L’immense majorité des agriculteurs français, tous secteurs confondus, souffrent déjà du dumping des pays membres ou partenaires de l’Union Européenne, qui produisent et transforment à des coûts inférieurs du fait de législations moins contraignantes, de fraudes massives et de coûts de mains d’œuvre très bas. La nouvelle PAC, qui entre en vigueur cette année, et plus particulièrement son interprétation française, va encore creuser par de nouvelles normes ces écarts de compétitivité sans offrir de compensations financières satisfaisantes en contrepartie.

Avantagés à l’export par une monnaie moins forte, une politique d’aide publique généreuse et des normes minimalistes, les « farmers » américains bénéficient de leur côté de coûts de production nettement inférieurs à la moyenne UE dans tous les secteurs d’élevage (et plus encore aux coûts de production français qui sont parmi les plus élevés de l’union).

Le nouvelle politique agricole américaine (Farm Bill) va encore accroître cet avantage puisque les Etats-Unis, au mépris des accords de l’OMC, renouent avec les aides directes à la production (dites aides couplées, elles reviennent à verser plus à ceux qui produisent plus, contrairement aux aides, dites découplées, en vigueur dans l’UE, qui sont versées à l’hectare, indépendamment de la production dudit hectare).

Cette politique d’offre massive, particulièrement agressive dans un contexte de marchés de matières premières à la baisse, va permettre d’augmenter la production américaine tout en protégeant les agriculteurs américains des fluctuations des marchés (dont certaines seront d’ailleurs liées à cette augmentation de la production américaine : produire plus quand les prix baissent revient à les faire descendre encore plus bas). Aux Etats-Unis, ce nouvel atout viendra renforcer un peu plus la position des éleveurs, mais permettra surtout aux céréaliers, dont les coûts de production étaient jusqu’à maintenant relativement proches de ceux des Européens, de prendre un avantage décisif en cas de nouvelle baisse des marchés. Prenons l’exemple du blé tendre, qui représente la moitié de la production céréalière française : si, comme en 2010, les cours venaient à descendre à 120 euros la tonne, les céréaliers français, dont les prix de revient aides comprises sont estimés à 145 euros tonnes, perdraient 25 euros par tonne produite, pendant que leurs homologues américains verraient leurs revenus garantis à hauteur de 203 dollars la tonne, soit approximativement leur prix de revient.

Dans un tel contexte, il faut suspendre d’urgence les négociations du traité de libre-échange transatlantique, mais aussi s’affranchir rapidement d’une PAC 2014-2020 encalminée aux antipodes des enjeux agricoles nationaux et mondiaux pour mettre en place des aides directes aux productions et prendre des mesures fermes contre le dumping qui menace la qualité et la diversité des productions françaises.