Hollande Babar

Vers un gouvernement commando et resserré au lendemain des municipales pour porter le pacte de responsabilité ? A l'Elysée comme dans la majorité, l'idée fait son chemin.

En attendant, à 36 jours du scrutin, les élus PS redoutent une abstention massive des électeurs de gauche et râlent contre un exécutif comparé... au « Titanic ».

« On va prendre une vague dans la figure ! » 
Au PS, les esprits sont passés en deux semaines d'une relative sérénité à la stupeur : et si les municipales étaient un remake de 1983, qui avait vu la gauche perdre une trentaine de grandes villes deux ans après l'élection de François Mitterrand ? « Ce ne sera pas un succès », euphémise un habitué de l'Elysée, qui pressent un scrutin « mauvais »... voire « catastrophique ». « C'est la loi des élections intermédiaires pour le pouvoir », se résigne Christophe Borgel, le Monsieur Elections du PS, pour qui « environ 150 villes changent de camp » à chaque municipale. Sur le terrain, les candidats PS font face à des électeurs tiraillés entre vote-sanction et abstention. « Il y en a qui rouspètent, hésitent, grognent », raconte un élu. « On va prendre une vague dans la figure ! », redoute un autre.

Seul ministre tête de liste, à Boulogne-sur-Mer, Frédéric Cuvillier se veut rassurant : « On n'est pas en 1993 avant les législatives. » Mais, à la base du parti, les regards courroucés se tournent vers le tandem Hollande-Ayrault, après les derniers couacs sur la loi famille et les fonctionnaires. « On est dans une situation crépusculaire et Pépère rit ! C'est son côté Louis XVI, bientôt il va se prendre de passion pour la serrurerie », vitupère un candidat. Quant au Premier ministre, « il y a un problème de ligne, de méthode, une absence de sang-froid », tacle un ministre. Chargé des élections, Manuel Valls appelle au calme et précise : « Je préfère un climat d'inquiétude pour mobiliser à un climat de béatitude. »

A nouvelle politique, nouvelles têtes ? 
Agacé par les cafouillages, le président envisagerait, selon plusieurs de ses proches, d'accélérer son calendrier pour « remettre les compteurs à zéro ». L'idée : former un gouvernement de combat resserré pour porter le pacte de responsabilité sur lequel il pense jouer son quinquennat, sitôt après les municipales, sans attendre les européennes de mai. Un signe ? C'est en avril que doit être organisé le vote de confiance sur ce projet à l'Assemblée. « Ce sera comme une déclaration de politique générale », décrypte un ministre. En clair, comme un nouveau départ pour le gouvernement. « Il faut une équipe pour porter un nouvel élan. Après les municipales, c'est bien », plaide donc un conseiller élyséen. Car l'équipe actuelle semble à bout de souffle, obligeant le président, qui bat des records d'impopularité, à s'exposer dangereusement.

En coulisses, les ténors piaffent.
 Et si le président en profitait pour changer de Premier ministre ? Dans l'idéal, il préférerait attendre les régionales de 2015. Mais, à gauche, un mot cruel revient s'agissant du locataire de Matignon, à cran ces jours-ci : « usé ». « Il ne joue pas son rôle de fusible », regrette un ministre. « Ayrault a le profil idéal pour le perchoir de l'Assemblée », ose un hollandais historique, qui espère Valls à Matignon, car « il faut envoyer au feu ceux qui en ont le plus envie ».

En retrait à Lille, Martine Aubry a elle-même écarté l'idée qu'elle pourrait être un recours. « Non, je ne serai pas Premier ministre », a- t-elle déclaré au « Point ». Reste le cas Ségolène Royal, dont l'entrée au gouvernement était compromise par la « fatwa Trierweiler », selon le mot d'un de ses amis. « Allez m'expliquer pourquoi elle n'entrerait pas maintenant ? », lance le même. La décision reviendra au DRH de l'Elysée, qui se garde d'abattre ses cartes trop tôt. « Il devient mitterrandien, sourit un de ses vieux copains. Il fait du management par la peur. »

le 15/02/2014

Le Parisien