Gayet Julie

Décidément, il y a deux ministres de la culture en France. L'officielle,Aurélie Filippetti, pétaradante, une main sur le coeur, l'autre avec une paire de ciseaux pour tailler dans son budget après avoir dit pis que pendre des années Sarkozy. Et l'autre, discrète, dans l'ombre, et vraiment influente quand il s'agit de sauver quelques têtes amies :Julie Gayet, qui concourra vendredi soir aux Césars.

Après avoir prolongé autant qu'elle le put le mandat d'Éric Garandeau à la tête du CNC, son influence sourde s'est fait ressentir lors de la reconduction surprise d'Éric de Chassey à la Villa Médicis (l'Académie de France) en septembre 2012... Surprise, tant ce directeur n'avait pas du tout les faveurs d'Aurélie Fillippetti ni de son cabinet. Une première fois nommé à Rome, en 2009, à la suite de Frédéric Mitterrand, Éric de Chassey s'est largement brouillé avec sa tutelle. Frédéric Mitterrand lui-même était furieux de la manière dont la Villa Médicis était dirigée. Il avait écrit une longue lettre au cabinet de Filippetti pour s'en plaindre...

Gayet protège ses amis

Cependant, François Hollande est intervenu en personne pour sauver la tête de Chassey... Sur le moment, en septembre 2012, l'intervention présidentielle n'était pas compréhensible. En vérité, Éric de Chassey est l'époux de la comédienne Anne Consigny, qui est l'amie de Julie Gayet

Cette affinité particulière s'est encore exprimée lorsqu'il s'est dit, quelques jours après la révélation de sa liaison avec François Hollande, que Julie Gayet était pressentie pour intégrer le jury de la Villa Médicis. Il a fallu que de Chassey organise en catastrophe une conférence de presse le 15 janvier dernier pour annoncer qu'en fait, c'est la romancière et scénariste Emmanuelle Bernheim qui entrerait en lieu et place au jury de l'institution. "J'ai proposé le nom (de Julie Gayet, NDLR), car elle est une personnalité importante du cinéma", s'était-il justifié.

Hollande empêche Filippetti de faire son travail

Aurélie Filippetti, retrouvant tout à coup un peu d'amour-propre, fit alors cette déclaration stupéfiante : "Je ne prendrai pas en considération la proposition d'Éric de Chassey de nommer Julie Gayet membre du jury de la Villa Médicis. Vu son parcours de comédienne et productrice, Julie Gayet est tout à fait qualifiée pour cette fonction, qui, je le précise, est bénévole. Mais vu la situation particulière, je ne la nommerai pas." La situation particulière... Oui, très particulière depuis longtemps.

Après tout ce qu'on a entendu pendant la campagne sur la "normalité" du président, l'arrêt des petits copinages reprochés à Sarkozy, la frontière qu'il voulait intangible entre vie privée et vie publique, François Hollande montre, à travers ces misérables petites histoires, un aspect de sa personnalité jusqu'ici méconnu. Le scandale n'est pas tellement que Julie Gayet participe - bénévolement, qui plus est - au jury de la Villa Médicis. Sur ce point, Éric de Chassey n'a pas tort : elle ou une autre, vu son CV, cela se justifiait. Mais que François Hollande soit intervenu, du fait du prince, pour faire plaisir à sa bien-aimée, dans la reconduction du mandat dÉric de Chassey alors que sa ministre, dûment informée après enquête, estimait qu'il n'était pas le plus apte à conduire le destin de l'Académie de France à Rome, voilà le scandale. Si François Hollande croit un tant soit peu en la compétence de ses ministres, qu'il les laisse travailler !

Ou alors, qu'il remanie sans mollir.

Par Emmanuel Berretta le 28/02/2014