DAB

Montbéliard. Faut-il considérer ce dossier de skimming (piratage de cartes bancaires) dans un axe pyramidal, avec des exécutants et des donneurs d’ordre ?

Oui, selon le ministère public : « Cette organisation caractérise, entre autres, la bande organisée », affirme le substitut Tiffany Gamain. La différence de traitement, entre les impliqués, des Roumains, laisse aussi perplexe. Stefan, 41 ans et sa compagne, 29 ans, ont reçu une aide précieuse de la famille du premier : le paiement d’une caution de 6.000€ pour la jeune femme qui lui a évité quelques mois de plus de détention préventive (elle est depuis sous contrôle judiciaire). Quant à Stefan, il a bénéficié d’une caution de 10.000€, qui lui aurait permis une libération anticipée s’il n’était pas sous le coup d’un mandat d’arrêt européen : « Alors qu’un appartement lui a été trouvé en Alsace, rien n’a été fait pour le frère de Stefan, Alexandru. On voit très bien qui la famille a choisi de protéger. Aujourd’hui, devant nous, nous n’avons que les petites mains », ajoute le parquet.

« Vous veniez admirer le port de Montbéliard ? »

Alexandru Nicolescu, 24 ans et un autre Roumain, Vasile Pop, 28 ans, détenus depuis quinze mois, sont présents. En raison de l’agenda chargé de leurs trois avocats (dont Eric Dupond-Moretti surnommé Acquittator), Stefan et sa compagne comparaîtront le 24 avril : « Il n’y aura qu’un seul renvoi. Les avocats devront gérer leur agenda », prévient le président du tribunal, Alain Troilo. Ainsi disjointe, contrairement à la volonté du parquet, l’affaire est évoquée.

Les faits sont révélés le 27 novembre, vers 20 h 30, quand le client d’un DAB du Crédit Mutuel à Étupes, se fait « manger » sa carte. La Brigade de recherches (BR) de Montbéliard constate un dispositif de type collet marseillais sur le distributeur. Les quatre auteurs présumés sont interpellés le lendemain avec pléthore de matériel de piratage . Les deux frères ont déjà été condamnés dans différents pays pour usurpation d’identité et contrefaçon de cartes de crédit. Le quatuor fait l’objet, à l’époque, d’un mandat d’arrêt européen pour des faits de skimming perpétrés en Allemagne (N.D.L.R. : depuis, le mandat a été levé pour Alexandru et la jeune femme) : « Il y en aurait pour plusieurs centaines de milliers d’euros », relate le président. Le jeune Nisolescu et Pop ont toujours reconnu la tentative d’escroquerie à Étupes. En revanche, ils nient farouchement toute forme de réseau, encore à la barre. Le juge à l’adresse de Pop : « Vous veniez faire quoi à Montbéliard ? Admirer le port de plaisance ? ». Son interlocuteur indique qu’il était passé récupérer Alexandru, le copain d’un copain. Alexandru, lui, raconte qu’il y voyait son frère en vue d’acheter un véhicule en Suisse. Des déclarations souvent fumeuses, parfois contradictoires. Le magistrat l’interroge sur ses voyages, notamment au Pérou où il aurait remis 8.000 € en espèce à la demoiselle impliquée (dans ce pays, les distributeurs ne détectent pas la puce des cartes bancaires). « Je faisais un voyage universitaire », argue-t-il. « Vous voyagez beaucoup pour quelqu’un qui n’a pas d’argent », réplique le président qui insiste sur la technicité de l’escroquerie : « Il faut un certain savoir-faire ».

Les avocats de la défense insistent sur le rôle secondaire de leurs clients. « Vous ne pouvez pas leur demander des choses qu’ils ne peuvent pas dire, par peur, par loyauté, peut-être les deux », note Valérie Chassard, pour Alexandru. « Ce n’est qu’une petite main. Les quinze mois d’instruction n’ont pas donné grand-chose », conforte MRoy, pour Pop.

Les deux hommes ont été condamnés à deux ans de prison dont six mois avec sursis, comme l’avait requis le parquet.

Par Aude Lambert le 28/02/2014

L'Est républicain