Soldats russes Crimée

La tenue d'un référendum en Crimée sans l'accord de Kiev a été immédiatement dénoncée par Washington. De son côté, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a annoncé que Kiev était prêt à signer l'accord d'association avec l'UE "dès que possible". C'est le refus par le régime du président Viktor Ianoukovitch, désormais déchu, de signer cet accord qui avait déclenché en novembre le début du mouvement de contestation. Arseni Iatseniouk a également clairement dit que "c'est à la Russie de faire le premier pas en arrière".

Les sanctions américaines tombent

Mais surtout, le président Barack Obama, engagé dans le bras de fer le plus tendu entre Occidentaux et Russes depuis la chute de l'URSS, a annoncé une série de sanctions pour accentuer la pression sur Moscou. Le département d'État a mis en place des restrictions de visas "sur un certain nombre de responsables et d'individus" qui sont "responsables ou complices de menacer la souveraineté" de l'Ukraine, a annoncé la Maison-Blanche dans un communiqué, sans préciser si les personnes visées étaient Russes ou Ukrainiennes ou les deux. Barack Obama a par ailleurs signé un décret qui autorise des gels d'avoirs, poursuit le texte. Il s'agit de la deuxième série de sanctions visant Moscou après l'annonce de la suspension de "tous les liens militaires" entre les États-Unis et la Russie.

L'annonce du Parlement de Crimée - dominé par des députés pro-russes, et dont le "Premier ministre" Serguiï Axionov est poursuivi par Kiev pour "séparatisme" - est intervenue alors que les dirigeants européens se retrouvaient en urgence à Bruxelles pour un sommet extraordinaire consacré à l'Ukraine. Ce sommet a débuté par une rencontre avec le nouveau Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk. "Ce n'est pas seulement une crise entre l'Ukraine et la Russie, c'est une crise en Europe", a affirmé Arseni Iatseniouk avant la réunion. Se déclarant disposé à "un réel débat" avec la Russie, il s'est montré préoccupé par les derniers développements, notamment la reprise "du blocage des forces navales ukrainiennes" en Crimée.

Prôner la "désescalade"

Au siège du Conseil européen, les dirigeants de l'UE se sont tous alarmés de la situation. "Nous devons envoyer un message très clair que ce qui se déroule est inacceptable et aura des conséquences", a martelé le Premier ministre britannique David Cameron. Mais le maître mot des Européens reste plus que jamais "la désescalade", c'est-à-dire la nécessité de "faire baisser la tension" afin que la crise ne débouche pas sur un conflit militaire. Il faut "la pression la plus forte possible sur la Russie pour engager un processus de désescalade", a déclaré le président français François Hollande.

Afin de leur donner du temps, les dirigeants européens ne devraient pas décider jeudi d'imposer de premières sanctions contre la Russie, comme les 28 l'avaient envisagé en début de semaine. "Nous devons tout faire pour donner une chance à la désescalade. Si nous constatons, dans 24, 48 ou 72 heures, que cette désescalade n'est pas l'option, il est évident que les sanctions seront de nouveau sur la table", a déclaré le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. Les dirigeants devaient discuter des différents types de sanctions susceptibles d'être rapidement appliquées. Elles pourraient porter sur la coopération diplomatique et politique ou sur des mesures "ciblées", visant des personnalités, mais il semble très peu probable qu'elles soient d'ordre économique, selon des sources diplomatiques.

Soutien de Bachar el-Assad

Parallèlement, Sergueï Lavrov et John Kerry, malgré trois rencontres en deux jours, ne sont pas parvenus à un accord. Mercredi soir, Barack Obama et David Cameron avaient dénoncé une situation "inacceptable" en Ukraine. Le département d'État américain avait affirmé auparavant que "la Russie racontait des histoires fausses pour justifier ses actes illégaux en Ukraine". "Le monde n'a pas vu de fiction russe aussi surprenante depuis que Dostoïevski a écrit Deux fois deux égale cinq est aussi une chose charmante", a même ironisé la diplomatie américaine, citant une phrase des Carnets du sous-sol du romancier russe. Moscou a peu goûté l'ironie américaine et a fustigé le "cynisme" et l'"arrogance inadmissible" de Washington.

Après le sommet de Bruxelles, le Conseil de sécurité de l'ONU devait tenir jeudi après-midi de nouvelles consultations à huis clos sur la crise ukrainienne, les quatrièmes sur ce dossier depuis vendredi. Hors de Crimée, les tensions se font de plus en plus vives à Donetsk, fief électoral russophone de Viktor Ianoukovitch dans l'est du pays. Dans cette ville, la police ukrainienne a repris le contrôle du siège du gouvernement régional, qui avait été occupé par des militants pro-russes, et a arrêté des dizaines de personnes.

Vladimir Poutine a reçu jeudi le soutien remarqué du président syrien Bachar el-Assad, dont le régime est soutenu par Moscou dans sa guerre contre les rebelles. Le leader syrien a loué les efforts de Vladimir Poutine pour faire face aux "extrémistes terroristes", un terme utilisé d'habitude par Damas pour parler des rebelles syriens. Le rouble, en revanche, continuait d'encaisser les conséquences de la politique du Kremlin, reculant fortement face à l'euro et au dollar.

Le 06/03/2014 avec AFP