Montbéliard Mairie

À Montbéliard, la justice enquête sur de présumées fausses déclarations de candidatures au sein de la liste Front National. L’affaire fait d’autant plus de bruit que le parti de Marine Le Pen est en cause ailleurs…

Une chose est sûre, et c’est probablement la seule dans cette affaire ayant agité le bureau politique du FN, hier à Paris : tout cela n’est pas purement le fruit du hasard. À écouter Gilles Maillard, cependant, tout part d’une rencontre fortuite au cours d’une opération de porte-à-porte menée par ce colistier de la candidate UMP à la mairie de Montbéliard, Marie-Noëlle Biguinet.

Manifestement, ce dernier n’est pas sans savoir qu’il a sonné au domicile d’un couple figurant sur la liste FN. Elle est âgée de 90 ans, lui s’apprête à souffler ses soixante-dix bougies en juillet. « Il nous a indiqué ne pas avoir réellement saisi la signification de cette déclaration de candidature, la sienne comme celle de Mme B. (sa concubine, N.D.L.R) », stipule Gilles Maillard dans un courrier en date du 4 mars adressé à la procureur, qui a ouvert une enquête pour faux et usage de faux.

Voilà qui amène le candidat UMP à s’intéresser à deux autres cas de personnes figurant sur la liste FN : une femme de 82 ans inscrite sous son nom de jeune fille et sous son 2e prénom, ce qui reste légal, et un autre couple. C’est cette seconde rencontre qui conduit l’intéressé à rapporter un fait auprès de la justice : « L’épouse nous a déclaré que son mari n’est plus apte, pour raison de santé, à signer aucun document depuis quelques années déjà ».

« Des manœuvres politiques frauduleuses ayant pour objet d’altérer la sincérité du scrutin »

Contactée par nos soins, cette adhérente du FN de 76 ans (tout comme son mari), qui dispose notamment d’une procuration bancaire afin de gérer les affaires administratives de son époux, incapable de quoi que ce soit, ne dit effectivement pas autre chose.

Sauf qu’elle jette le trouble, dans une attestation dont dispose le service juridique du FN où la contre-attaque se prépare depuis Paris, sur les circonstances de la visite : « Trois personnes, sans vouloir me donner leur identité ni leur motivation, insistant pour rentrer à mon domicile, m’ont fait du chantage et m’ont menacé d’aller à la police sous prétexte que j’étais FN et colistière, ce que j’ai signé en toute connaissance de cause, ainsi que mon mari alité ».

Un époux que les démarcheurs du FN n’ont pas pu rencontrer. « Elle nous a dit que nous ne pouvions pas le voir, mais qu’il était d’accord. Or, il n’est ni sous tutelle ni sous curatelle », insiste Sophie Montel, pour laquelle deux signatures distinctes figurent bien sur chacun des deux exemplaires du document.

Pour la candidate frontiste qui a déposé plainte, les faits sont limpides : « Nous sommes en présence de manœuvres politiques frauduleuses ayant pour objet d’altérer la sincérité du scrutin ». Car, incontestablement, c’est à l’UMP que l’on craint le plus le FN. Le parti de Marine Le Pen, dans l’optique d’une triangulaire, pourrait alors favoriser le socialiste sortant, Jacques Hélias.

Sophie Montel s’appuie sur une autre attestation, signée cette fois par le compagnon de la femme de 90 ans censé avoir été rencontré par Gilles Maillard, au hasard du porte-à-porte. Ce sympathisant d’extrême-droite, retraité de l’enseignement, écrit : « M. Maillard s’est rendu à mon domicile afin de me dissuader d’être candidat sur la liste Front National ».

Sauf que le même homme, quelques jours plus tôt, confiait à Gilles Maillard une autre missive, écrite en sa présence, et destinée à madame le procureur. Le presque septuagénaire y indiquait avoir « apposé (sa) signature sur (son) engagement et sur celui de (sa) compagne », laquelle « n’a jamais signé ce formulaire, ni ce jour-là, ni plus tard ». Sauf que manifestement, elle a bien apposé son paraphe, après que les services de la sous-préfecture ont alerté Sophie Montel sur la présence de deux signatures identiques.

La justice s’interroge cependant sur l’état de conscience de la nonagénaire, laquelle, aux dires du voisinage, n’a pas mis les pieds dehors depuis « six mois », et dont l’état de santé ne permet pas son audition. « Elle était parfaitement consciente », assure Sophie Montel. « Son état s’est manifestement détérioré depuis », eu égard aux « pressions ».

Reste que la liste FN a été validée. Or, si la justice venait à conclure, a posteriori, à une fausse déclaration, pas dit que cela invaliderait automatiquement la liste frontiste. Tout porte néanmoins à croire qu’il y aura des recours. « Je m’y attendais », élude Sophie Montel. Car l’âge (très) avancé de ses derniers colistiers pose question. Leur présence a-t-elle été rendue nécessaire en vue d’assurer la présence du FN à Montbéliard ? « Non », affirme la tête de liste, pour laquelle ce choix, puisqu’il y avait des alternatives plus jeunes assure-t-elle, tient de la reconnaissance adressée à ces vieux adhérents et sympathisants du parti de Marine le Pen.

Pas sûr que l’argument parvienne à convaincre ses détracteurs. Reste à voir ce qu’en pensent les électeurs…

Par Sébastien Michaux le 11/03/2014