Engelmann Hayange avec Louis Aliot

A Hayange, berceau des désillusions de l’acier, le FN de Fabien Engelmann, ex-syndicaliste exclu de la CGT, avance à découvert. Et y croit dur comme fer.

Hayange. « Salut Max. Tu viens à la perm cet après-midi ? On fait un débat public… ». Max décline, il doit acheter du terreau. « Mais t’en fais pas, on est avec toi », assure l’Hayangeois à la voix teintée d’accent mosellan. Voici Corinne, le cabas chargé de victuailles. Elle prend un tract, le glisse entre deux poireaux. « J’en tiendrai compte », souffle-t-elle, avant de filer vers l’étal du boucher.

Samedi matin, c’est rituel de marché au pied des façades jaunâtres de l’hôtel de ville. La mairie que convoite l’équipe frontiste de Fabien Engelmann. Celui-ci déboule dans les allées clairsemées de badauds, le bras chargé du nouveau document papier glacé qui décline l’éventail précis des 34 engagements de son programme. Accueil cordial, sans tension apparente. « Les seules insultes que l’on a essuyées, ce sont celles du Front de gauche », souligne l’ouvrier territorial de 34 ans en poste à la commune voisine de Nilvange.

À ses côtés, Patrice Henny, maillot des Bleus sur les épaules, accuse : « Ils m’ont même cherché des noises quand je suis allé chercher ma gosse à la maternelle. C’est pas un lieu pour faire de la politique », tempête ce cuisinier en 5° position sur la liste.

Chicha

« Nous, on est propres, on ne fait pas une campagne de caniveau. On ne propose pas le catalogue du père Noël comme le maire sortant ou le candidat de droite. Notre programme est réaliste, peu coûteux. Si on gagne la ville, on va réaliser un audit sur l’état des finances de la commune. Grosses surprises garanties ! », lance Fabien Engelmann, sûr de lui et de sa stratégie foncièrement locale.

Navette gratuite vers les commerces de la ville pour les personnes âgées, baisse de 20 % des indemnités du maire et des adjoints, des impôts locaux… « Des engagements, pas des promesses de faux-culs » dit-il, en insistant sur les jeunes. « Ils préfèrent l’ambiance tamisée des trois bars à chicha de la ville aux bistrots classiques. On va leur créer un local détente sous la surveillance d’un agent communal pour éviter les dérives ».

Vers 15 h, dans sa permanence de l’avenue Foch, il égrène cette idée avec les autres devant une dizaine de curieux. La question sécuritaire revient en boomerang, surtout « la mendicité agressive des Kosovars et des Roms ».

Le candidat FN corrobore : « Ces pseudos réfugiés politiques sont logés gratuitement et bénéficient de bons alimentaires… Nous, on attribuera ces aides au cas par cas, avec discernement ». Chassez le naturel frontiste, il revient au galop, mais ça paie, à écouter Fabien Engelmann. Depuis qu’il a rejoint les rangs de Marine Le Pen en 2010, choix qui lui a valu d’être exclu de la CGT, l’enfant du pays a su ratisser large : « En 3 ans les adhésions au parti ont bondi de 40 % dans la vallée de la Fensch et beaucoup plus encore sur Hayange », affirme-t-il, fort des 38 % glanés aux dernières législatives.

Assez pour inquiéter sérieusement Philippe David, le maire socialiste. Accroché à son siège depuis 17 ans, il se présente prudemment sans étiquette, sans toutefois rechigner les soutiens venus d’en haut. À preuve cette visite éclair du ministre de l’Intérieur Manuel Valls il y a un mois. « Elle a eu le mérite d’agacer les gens », affirme le frontiste. « Il peut revenir, car je suis persuadé qu’il nous a fait gagner des voix »… 

Par Patrice Costa le 17/03/2014