Ménard Béziers siège

À trois jours du premier tour des municipales, si Robert Ménard, le candidat soutenu par le Front National à Béziers, reconnaît que rien n'est joué, c'est plus par superstition que par conviction. Car, au fond de lui, l'ancien journaliste, fondateur de Reporters sans frontières, croit fermement à sa victoire sur Élie Aboud, le candidat de l'UMP, député de l'Hérault. Et surtout successeur potentiel de Raymond Couderc, ce qui n'est pas, et de loin, son meilleur argument de campagne.

Le dernier sondage, le 14 mars, donne en effet au candidat FN quelques raisons d'espérer : 38 % pour Robert Ménard contre 34 pour Élie Aboud au premier tour (sondage Ifop-Europe 1). Le candidat anti-establishment fait la course en tête à la veille du 23 mars puisqu'il gagne quatre points sur la précédente consultation, à la mi-février, qui le mettait à un point derrière Aboud. Et cette percée, il la fait au détriment de la droite classique, puisque la gauche, avec le candidat socialiste Jean-Michel Du Plaa et celui du Front de gauche Aimé Couquet, reste stable, avec un total de 27 % à eux deux, mais un large avantage au représentant du PS qui sera manifestement présent au second tour.

Raymond Couderc, l'homme qui cristallise les rancoeurs

Ce qui incite pourtant Robert Ménard à une saine prudence, c'est que la triangulaire qui s'annonce probable, le 30 mars, sera sans doute extrêmement serrée. Aucun sondage ne l'a jusqu'à présent placé en position de vainqueur, même si la distance qui le sépare d'Élie Aboud s'amenuise au fil du temps. "C'est tendu, reconnaît ce dernier, mais je fais confiance à l'intelligence des Biterrois pour comprendre que Robert Ménard, qui surfe sur le fait qu'il n'est pas Front National, véhicule en réalité toutes les idées du FN." Le député UMP compte donc sur le réflexe anti-extrême des électeurs traditionnels de la droite pour le rejoindre au second tour. Selon l'Ifop, ils sont d'ailleurs déjà 9 % à déclarer qu'ils voteront Aboud au second tour après avoir mis un bulletin dans l'urne au nom de Robert Ménard au premier.

Ce dernier a surtout contre lui le désamour que suscite sa position de successeur de Raymond Couderc. Robert Ménard a beau jeu de montrer du doigt la position de 7e sur la liste UMP qu'Aboud a dû, par fidélité et "souci de ne pas être celui qui tuerait le père", accorder à celui qui a géré Béziers pendant dix-huit ans. Et à qui les habitants de la ville font porter une grande partie du poids de leur retard économique, sinon de leurs malheurs, dont un centre-ville ruiné et souvent délabré est le symbole. Au point que la campagne des adversaires de la liste UMP aura presque donné l'impression que leur adversaire était Raymond Couderc, et non Élie Aboud.

Au fond, l'importance de l'avance qu'aura ou non Robert Ménard, au soir du premier tour, montrera si les Biterrois adhèrent à ce qui fut l'un des premiers slogans de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front National, lorsqu'en 1956 il s'était fait élire sur une liste du leader populiste Pierre Poujade : "Sortez les sortants".

Par Michel Colomès le 20/03/2014