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Dans neuf communes, le parti de Marine Le Pen incarne la seule opposition face à la gauche.

Parmi les 597 listes que présente le Front National aux municipales, 27 candidats se trouvent en situation de duel au premier tour. Ces confrontations concernent sept communes de plus de 5 000 habitants et 20 de moins de 5 000. Dans les plus petites, les candidats frontistes font face à des adversaires le plus souvent sans étiquettes ou divers droite comme on en retrouve souvent dans les communes de cette taille. Sur les sept communes les plus importantes concernées par ces duels, quatre sont situées en Seine-Maritime, dont deux sur les trois villes de plus de 10 000 habitants.

En Seine-Maritime, fief de Laurent Fabius, le FN affronte le PS au Petit-Quevilly (22 055 habitants) et à Elbeuf (16 800 habitants) où se présente Nicolas Bay, directeur de campagne du Front National pour les municipales. A Illzach, dans le Haut-Rhin (14 679 habitants), le FN se retrouve en duel face à l'UMP.

Sur 27 duels, le parti de Marine Le Pen affronte quatre fois le PS, cinq fois le PCF, quatre fois l'UMP, deux fois une liste Divers Droite, deux fois une liste Divers Gauche et dix fois des listes sans étiquette.

Dans le Pas-de-Calais, le Front National se retrouve face au PCF à Grenay, une ville où il avait atteint 34,70 % à la présidentielle. Au total, le FN a dépassé 30 % des suffrages lors de l'élection présidentielle dans cinq autres villes: Sainte-Marie-La-Mer (Pyrénées-Orientales), Signes (Var), Formerie (Oise), Plainfaing (Vosges) et Varennes-Changy (Loiret).

Pourquoi le FN se trouve-t-il plus souvent face à la gauche dans ces duels, notamment dans les villes les plus importantes? «Dans ces secteurs, la droite est tellement faible qu'elle n'est même plus en situation de constituer des listes», juge Nicolas Bay. Il ajoute: «A Elbeuf par exemple, si l'UMP a tout fait pour ne pas nous laisser le champ libre, ils n'ont pas réussi.» Le 17 mars, la presse régionale s'est d'ailleurs interrogée sur l'absence de la droite classique. Dans le journal Paris-Normandie, le secrétaire départemental de l'UMP, Alfred Trassy-Paillogues, expliquait: «C'est vrai, nous n'avons pas réussi. Mais ce n'est pas faute d'avoir cherché.» En Seine-Maritime, département ayant souffert de la désindustrialisation, la gauche est en position de force depuis longtemps alors que la droite y est affaiblie. Le débat démocratique local a souvent été animé entre le PS et le PCF mais surtout, le leadership de la droite a longtemps été tenu par le centre droit et lorsque le centrisme s'est affaibli, il a entraîné la droite gaulliste dans son recul. Une aubaine pour le FN.

Au regard des 36 000 communes françaises, le chiffre de 27 duels au premier tour pour le FN peut paraître dérisoire. Pourtant, le parti estime que cela «montre qu'il est capable» «d'incarner la seule opposition constituée et structurée» dans certaines villes. Le FN attend d'autant plus les résultats de ces premiers tours, qu'il souhaite observer le comportement des électeurs issus de la droite dans de telles configurations. «Dans ces villes-là, à un moment où le PS déçoit considérablement, nous pouvons à la fois rassembler de nombreux électeurs de droite de manière mécanique mais aussi des électeurs déçus de la gauche.» En outre, dans ces communes, le FN est certain de pouvoir siéger dans des municipalités.

Par Emmanuel Galiero le 21/03/2014

Le Figaro