FN affiche Jean Jaurès

Tribune de Karim Ouchikh, conseiller de Marine Le Pen à la Culture, à la Francophonie et à la Liberté d’expression Président exécutif du SIEL du 06/04/2014

Devant le peu de succès rencontré dans les urnes pour limiter la montée en puissance du Front National, le complexe médiatico-politique pense avoir trouvé la parade pour enrayer l’expansion d’une formation politique qui représente désormais près d’un quart du corps électoral français politique : œuvrer à son bannissement culturel.

Cette entreprise de relégation a commencé à l’occasion des municipales avec, comme pomme de discorde idéologique, l’un des grandes figures de notre histoire. Avant le premier tour, le député maire sortant PS de Gonesse (Val d’Oise) s’était étranglé de rage à la lecture du projet municipal de la liste Gonesse Bleu Marine qui proposait l’inauguration le 31 juillet 2014 d’une statue de Jean Jaurès pour célébrer le centenaire de la mort du grand homme. Sitôt installé dans son bureau, à la mairie d’Hénin-Beaumont qu’il venait d’emporter avec panache dès le premier tour, Steeve Briois y déplaça le buste du fondateur de la SFIO au grand dam des caciques locaux du PS, ceux-là mêmes qui n’avaient pas admis déjà que le candidat frontiste citât le député de Carmaux sur sa carte de voeux du début d’année.

Entre les deux tours, Avignon avait focalisé l’actualité des médias avec les déclarations à l’emporte-pièce du directeur du célèbre festival qui avait menacé de délocaliser la manifestation théâtrale si le candidat FN, Philippe Lottiaux, l’emportait. Les menaces intolérables d’Olivier Py n’avaient soulevé aucune indignation notable, si ce n’est celle des Avignonnais qui n’avaient guère apprécié, y compris à gauche, de voir leur programmation culturelle ainsi prise en otage au nom d’une bien-pensance bien peu partagée.

Animés d’une égale détestation idéologique à l’égard du Front National, les organisateurs du Positiv Festival, spécialisé dans les musiques électroniques, annonçaient le 1er avril dernier leur décision unilatérale de renoncer à cette manifestation implantée depuis deux ans à Beaucaire (Gard), à la surprise de son nouveau maire FN, Julien Sanchez, qui n’avait pourtant jamais eu l’intention de la supprimer ! Et si le groupe HK & Les Déserteurs a décidé de maintenir son concert le 5 avril, salle Jacques Brel à Mantes-La-Ville, localité des Yvelines qui s’est donnée également au FN au soir du 30 mars, ce n’est qu’en raison, selon son animateur, de « la nécessité d’occuper le terrain et de ne rien lâcher aux forces obscures »

Que dire aussi de peu de tolérance politique de ces villes étrangères, toutes dirigées par des élus socialistes, qui ont décidé, à Farcienne et à Arlon en Belgique ou à Diekirch au Luxembourg, de suspendre brutalement leurs jumelages, pour des considérations purement politiciennes, avec la ville frontiste de Beaucaire pour la première et celle d’Hayange pour les deux autres. De ce point de vue, David Rachline ne pourra que se réjouir de la sagesse du maire CDU de Triberg (Allemagne) qui a choisi de maintenir ses relations culturelles avec le ville varoise de Fréjus, en ne cédant pas aux sirènes du politiquement correct.

Dans les tous prochains mois, les célébrations du Centenaire de la guerre 14-18 donneront probablement l’occasion aux tenants de la pensée unique de se déchaîner de plus fort contre le FN en s’opposant, à grand renfort d’arguties symboliques, à la participation à ces commémorations des élus frontistes qui siègent à présent en nombre sur les bancs des oppositions municipales. A Gonesse encore, lors des cérémonies patriotiques du 11 novembre dernier, la liste Gonesse Bleu Marine n’avait-elle pas déjà essuyé un refus sectaire du maire PS en place au dépôt de la gerbe des forces marinistes au pied du Monument aux morts, pour des motifs politico-historiques douteux ?

Pour confiner le FN aux marges de l’arc républicain, nos « élites » politico-culturelles ont choisi au fond de reconfigurer la politique du cordon sanitaire, en déplaçant celui-ci du terrain du débat politique vers celui de la culture. Même maquillée sous les oripeaux de la liberté de l’esprit, cette guérilla culturelle ne prospèrera pas davantage. Sauf à creuser davantage l’incompréhension qui les sépare de l’opinion publique, nos « élites » doivent réaliser qu’elles ne parviendront pas, y compris en convoquant les polémiques du passé, à convaincre nos compatriotes du danger culturel que représenterait aujourd’hui le frontisme municipal.

Loin des chasses aux sorcières, censures et autre mises à l’index dont on les soupçonnent perpétuellement, Marine Le Pen et le FN/RBM entendent élaborer en réalité des programmations culturelles volontaristes qui seront mises au service de la revitalisation du lien social, de la refondation émancipatrice du creuset national et du rayonnement de l’héritage culturel de la France. La concertation sera à l’ordre du jour, avec les habitants des douze villes conquises aux municipales comme avec les acteurs de la culture, du public comme du privé. Partout en France, chacun mesurera sous peu l’impact inédit de ces laboratoires culturels qui seront autant d’espaces de liberté authentique voués à la promotion des oeuvres de l’esprit, au dépassement individuel et à la défense de l’intérêt général.