Hollande grimace

Tribune libre de Jean Goychman du 16/04/2014

Bien qu’il soit de mauvais goût d’évoquer nos racines culturelles, qui sont vues comme un frein à la mondialisation galopante, nous n’hésitons pas à transgresser ce qu’on voudrait nous interdire.

Qu’on le veuille ou non, notre civilisation s’est bâtie sur un socle judéo-chrétien qui nous incite à trouver en nous-même nos moyens de subsistance. Dans la Genèse (chapitre 3, verset 19), on peut lire : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage »

Dans notre société, cela se traduit par la nécessité de « gagner sa vie » c’est-à-dire d’avoir le moyen de se procurer à la fois la jouissance de certains biens et de disposer de certaines denrées. En un mot, pouvoir se loger et se nourrir. Pour y arriver, il faut donc disposer de la contrepartie en quantité suffisante qu’on appelle l’argent, sauf si on a la possibilité de cultiver sa propre terre d’une façon « autarcique », ce qui n’est pas le cas le plus répandu.

Le salaire que nous percevons en échange du travail que nous fournissons est donc devenu, au-delà de la dignité sociale, un moyen indispensable à notre survie. C’est pour ces raisons qu’a été votée, le 11 février 1950, la loi instituant le SMIG. Ce Salaire  minimum interprofessionnel garanti était fixé par décret pris en Conseil des ministres et était calculé sur la base  d’une « personne célibataire vivant en région parisienne et accomplissant la durée normale du travail »

En d’autres termes, le SMIG permettait de se loger et de se nourrir décemment. En 1952, il a été décidé d’indexer son montant sur la hausse des prix, afin de maintenir cet objectif fondamental. En 1970, une autre étape est franchie et le SMIG se transforme en SMIC, le « C » signifiant qu’on vise dorénavant une certaine « croissance » de l’échelle sociale.

Instituée par Chaban Delmas, Premier ministre gaulliste, cette mesure permettait d’aller au-delà de la « survie de base » pour augmenter le niveau de vie général. (Le SMIC a augmenté de 35 % en quelques années)

Ce n’est qu’en 1982 que le gouvernement socialiste (déjà) a décidé de casser cet outil de redistribution en supprimant (ou du moins en remplaçant) le critère de hausse des prix par celui de l’inflation. On note déjà l’intention de faire payer à la multitude les effets d’une « crise financière » devenue chronique. La « mondialisation » était déjà à l’œuvre et il est curieux de constater que l’un de ses vecteurs d’introduction dans notre pays était un courant de pensée « socialiste ».

Ce grand tournant étant pris au niveau européen, le reste n’allait pas tarder à suivre. La « vérité révélée »  qui, compte tenu de notre endettement galopant et d’une espérance de vie en augmentation, allait nous imposer de « réduire notre train de vie » (enfin, le nôtre, celui du petit peuple, mais pas celui de l’élite à laquelle ils appartenaient…Durant un instant, on a eu peur pour eux)

Nous voyons ainsi apparaître une nouvelle créature que nous pourrions appeler « l’Homo Europeanus » issu d’une nouvelle civilisation où le seul objectif  ne serait plus de « gagner notre pain » mais d’œuvrer pour « la gloire des marchés financiers »

Ainsi nous voyons apparaître un concept nouveau : l’avenir n’appartient plus à ceux qui se lèvent tôt, comme disait le vieil adage, mais à ceux qui possèdent  les entreprises dont les salariés se lèvent tôt. Car que nous propose-t-on ?

Les salaires et les charges qui sont versés par les entreprises françaises étant trop élevés, non pas par rapport au prix des loyers ou des produits dits « de première nécessité » mais par rapport au prix de revient des entreprises étrangères, il faut donc diminuer les salaires, c’est-à-dire accepter l’idée de se nourrir un jour sur deux ou, pourquoi pas, de vivre dans sa voiture comme cela, hélas ! se pratique déjà dans certains cas. Et tout ceci pourquoi ? Pour gagner cette absurde compétition qui nous oppose aux autres peuples de la Terre où  le même discours leur est d’ailleurs tenu.

Tout ceci rappelle ces courses de chevaux dont les seuls bénéficiaires sont les organisateurs desdites courses. Le simple bon sens indique pourtant que l’économie d’un pays donné (rappelons que le préfixe « eco » indique l’équilibre) passe par une relation stable entre les ressources des gens et les dépenses qu’ils font pour vivre, entraînant par là le fonctionnement de l’ensemble du système. Alors, vous allez nous dire que, si les salaires baissent, les loyers vont baisser car les appartements à louer ne trouveront plus preneurs, que les gens achèteront moins de choses, bref, qu’on finira par vivre de la même façon avec moins d’argent.

Il existe une façon beaucoup plus simple d’arriver à un tel résultat d’une manière beaucoup plus juste socialement et qui s’appelle la « dévaluation compétitive ». En effet, changer la valeur de la monnaie affecte tout le monde en même temps et  diminue de surcroît la charge des dettes. De plus, les produits importés voient leur coût augmenter, ce qui favorise la production intérieure, ce dont  nous avons un grand besoin.

Bien sûr, il faut sortir de l’euro. C’est évident. Et alors ? D’autant plus qu’en ce moment même, légion sont les inconditionnels de l’euro à réclamer sa dévaluation. Donnons-leur satisfaction et ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Allons au terme de cette logique et que chacun coure sous sa propre bannière. L’euro était l’anticipation d’un fédéralisme européen qui dissimulait l’avènement d’une économie mondialisée. Ce fédéralisme n’ayant pu se réaliser, l’euro, devenu sans utilité réelle et apportant plus de problèmes qu’il n’en résout, est voué à disparaître.

Et puisqu’il nous faut quitter l’euro, profitons-en pour reprendre le contrôle de notre future monnaie et mettons un terme pour notre pays à l’escroquerie que constitue une banque centrale réputée « indépendante ». Dans une démocratie véritable, seul le peuple peut et doit exercer la souveraineté. Le contrôle de la monnaie en circulation, sa valeur et le taux du crédit sont des éléments indissociables de cette souveraineté.

Peu importe le niveau des salaires exprimés dans telle ou telle monnaie, ils doivent simplement procurer à ceux qui les perçoivent, qui doivent être les plus nombreux possibles, les moyens d’une existence décente.

Alors, pour parodier la célèbre chanson de Boris Vian, et nous adressant à ceux qui prônent les réductions de salaire :

« S’il faut donner de l’argent, allez donner le vôtre,
monsieur le bon apôtre, monsieur le Président »