Dr jekyll mr Hyde

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par François Falcon le 03/05/2014

Habituellement, à l’approche des élections européennes, le système s’efforce de donner un visage souriant à l’Union des 28. Il semble désormais se contenter d’encourager l’abstention et le vote blanc : tous les peuples d’Europe ont vu ce visage et découvrent horrifiés que l’histoire de l’Union européenne est une terrifiante synthèse entre deux grands mythes modernes : celui de Frankenstein et celui du docteur Jekyll et de M. Hyde.

L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, c’est l’histoire des origines du projet européen et des « pères de l’Europe », Robert Schuman et Jean Monnet. Un brave démocrate-chrétien et un haut fonctionnaire zélé, tous deux épris de justice et de paix ; deux bonnes âmes soucieuses d’assurer la reconstruction et la prospérité du continent : voilà pour le docteur Jekyll ; le visage de M. Hyde fut dévoilé peu à peu et Marie-France Garaud l’a brutalement dépeint en mai 2013, il y a tout juste un an, sur le plateau de Frédéric Taddeï: Jean Monnet était un agent des Américains… qui voulaient d’une Europe économique mais en aucun cas d’une Europe politique.

Quand bien même le contexte de guerre froide les excuserait en partie, il faut admettre que nos fameux pères de l’Europe n’étaient que les mères porteuses des projets de l’Oncle Sam. Pire, pour réaliser ce rêve américain, nos docteurs schizophrènes ont théorisé une méthode à leur image, la méthode « des petits pas » consistant à unir progressivement les nations d’Europe en leur faisant gérer en commun des secteurs économiques de plus en plus vastes. Le traité transatlantique en cours de négociation est en train de révéler l’ultime but de la démarche : il s’agissait de créer un grand marché pour les États-Unis. Mais c’est aussi cette méthode des petits pas qui a transformé le docteur Jekyll en docteur Frankenstein.

Frankenstein ou le Prométhée moderne, c’est en effet l’histoire de la construction européenne en acte, l’histoire d’une horrible créature qui a échappé à ses créateurs. Comme le monstre du docteur Frankenstein, en effet, l’Union européenne est un invraisemblable assemblage d’organes institutionnels empruntés à des cadavres politiques : un Parlement de 750 membres élus dans 28 pays selon des modalités différentes comme le Soviet des nationalités en URSS, une Commission de 28 commissaires évoquant curieusement le politburo de cette même Union soviétique, un Conseil européen réunissant les 28 chefs de gouvernement des pays membres, etc.

Pour donner la vie à son macabre délire, le docteur Frankenstein injecta dans le macchabée un puissant cocktail de lobbies en tout genre mais, comme dans le roman de Mary Shelley, la monstrueuse créature fut rejetée par le peuple. Emplie de rancœur, elle se mua en criminel, assassinant les nations d’Europe les unes après les autres à coups de libre-échangisme, de politique migratoire, de « directive détachement » et autres « directive Bolkestein » pour la seule joie de se délecter du sordide spectacle de ses victimes agonisantes à la manière d’Angela Merkel, José Manuel Barroso et Dracula… pardon ! Mario Draghi visitant les ruines grecques.

Prions pour que la réalité s’achève comme les mythes de Stevenson et Shelley : dans les deux romans, le monstre, pris de remords et conscient que ses crimes ne cesseraient qu’avec sa mort, décide dans un improbable éclair de lucidité de mettre fin à ses jours.