UE Grèce

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par José Meidinger le 08/05/2014

Alors que le Premier ministre Antónis Samarás, le « caniche »de Merkel, fanfaronne sur les marchés internationaux, en lançant un emprunt d’État à des taux usuriers, la Grèce ruinée et exsangue continue d’être envahie par une immigration massive, essentiellement maritime, qu’elle tente d’endiguer avec les moyens du bord. Elle ne dispose pas, pour l’instant, de la dissuasion sophistiquée de l’Union européenne, via le programme FRONTEX, mis en place pour l’Italie et l’Espagne – cette dernière bénéficiant même d’une corvette de la marine portugaise, d’un avion et d’un patrouilleur des gardes-côtes italiens, ainsi que d’un avion finlandais.

On ne prête qu’aux riches, alors la Grèce ne peut compter que sur elle-même pour tenter, tant bien que mal, de repousser les immigrés que son voisin turc lui expédie « généreusement » via la mer Égée.

Instruisant le procès de la Grèce, pour la faire condamner par l’UE et l’ONU pour « non-respect des droits humains », l’ONG Amnesty International a recueilli de nombreux témoignages à charge dans son rapport sur les pratiques des gardes-côtes grecs : « Ils utilisent des armes pour repousser les gens, ils font des trous dans les bateaux. Ils prennent les moteurs et laissent les réfugiés dans ces bateaux en pleine mer, bien entendu du côté turc. » Certains de ces boat-people en sont à leur troisième ou quatrième tentative, la Turquie les refoulant systématiquement à la mer. Des réfugiés qui continuent d’affluer surtout de Syrie et d’Afghanistan. Toujours selon Amnesty International, depuis août 2012, 136 d’entre eux sont morts sur le trajet en provenance de la Turquie.

On ne peut que s’incliner devant les victimes et compatir au sort des réfugiés qui croient arriver en « terre promise », mais la Grèce n’a les moyens ni matériels ni administratifs pour les accueillir décemment. Sur l’île de Lesbos, par exemple, où les arrivées se font plus massives ces derniers mois, les réfugiés n’ont aucune possibilité, une fois sur le sol grec, de déposer une demande d’asile en bonne et due forme. Si l’on en croit un reportage de nos confrères de RFI :« Ils échouent sur le port, sont cueillis par la police et reçoivent, quand ils sont libérés, un papier leur intimant l’ordre de quitter la Grèce dans les trente jours. »

Car les autorités grecques ne sont pas dupes : la plupart des ces réfugiés« politiques » sont motivés, en fait, par des raisons économiques certes compréhensibles, mais la Grèce – comme disait l’autre – ne peut pas« accueillir toute la misère du monde » qui s’additionnerait à celle de ses propres ressortissants. Faut-il rappeler, ici, que près de 40 % des Grecs au chômage n’ont plus aucune couverture sociale et que 60 % des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi ?

Depuis l’appel d’air qu’elle avait déclenché en 2004 pour terminer « à l’arrache » les installations des Jeux olympiques d’Athènes, la Grèce fait ce qu’elle peut pour gérer par le biais d’une loi le vide juridique qui régissait jusqu’à présent la situation des immigrés. « La réforme tant attendue est enfin sur les rails », constate encore au micro de RFI Petros Mastakas, officier de protection du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).« Le centre d’accueil d’Athènes a ouvert début juin, et nous attendons l’ouverture des treize autres centres en province. »

Car, contrairement à l’image qu’en donnent parfois les nervis d’Aube dorée, les Grecs ne sont pas d’affreux racistes. L’intégration plutôt réussie de nombreux Albanais depuis plus de 30 ans en serait même le meilleur contre-exemple. L’écrivain d’origine albanaise Gazmend Kapllani est aujourd’hui reconnu comme un écrivain grec de premier plan. « J’ai commencé par habiter la réalité grecque […] quand j’ai commencé à me mettre en colère pour les mêmes motifs que les gens du pays où je vis ! » 1

Voilà ce que l’on pourrait appeler une intégration réussie !

  1. « Je m’appelle Europe«  de Gazmend Kapllani, aux Éditions Intervalles, Paris, 2013.