Ukraine pro-russe

C'est une victoire contestée, mais ses conséquences pourraient prendre de l'ampleur. Au lendemain de la large victoire du « oui » aux référendums autonomistes dans les régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk, ces dernières ont fait de nouveaux pas vers la Russie, lundi 12 mai, suivant le chemin emprunté par la Crimée il y a deux mois.

  • Donetsk demande son rattachement à Moscou

Lundi, le leader séparatiste Denis Pouchiline a demandé à la Russie d'envisagerl'« absorption de la République populaire de Donetsk au sein de la Fédération de Russie », façon de demander le rattachement de la région séparatiste au voisin russe. Il a ajouté :

« Le peuple de Donetsk a toujours fait partie du monde russe. Pour nous, l'histoire de la Russie est notre histoire. »

M. Pouchiline a ajouté que l'élection présidentielle prévue le 25 mai ne serait pas organisée dans la désormais autoproclamée « République populaire de Donetsk », sans statut défini.

Cette demande constitue une surprise et un nouveau coup de force des dirigeants séparatistes. En amont du référendum du 11 mai, et encore le soir même de l'annonce des résultats, les officiels de la « république populaire » de Donetsk tenaient un discours beaucoup plus modéré, expliquant que le scrutin offrait un droit à « l'autodétermination » du territoire, qui resterait au moins pour quelque temps dans le giron ukrainien.

La menace d'une demande de rattachement à la Fédération de Russie ne devait servir, d'après eux, que comme un levier pour obtenir des concessions de Kiev. Que penseront ceux qui ont voté dimanche forts de cette assurance ? La question posée - sur la « souveraineté » de la république - ne comportait aucune référence à une quelconque annexion, et nombre d'électeurs croisés par notre envoyé spécial, s'ils disaient rejeter le pouvoir de Kiev, ne réclamaient pas un divorce complet.

  • La Russie prône le « dialogue »

Plus tôt dans la journée, Moscou avait annoncé qu'elle respectait « l'expression de la volonté des populations » après le référendum.

Evitant de parler d'annexion, elle a invité les représentants des deux régions à dialoguer avec Kiev pour établir le cadre de leur nouveau statut et que « la mise en œuvre pratique du résultat des référendums [se fasse] de manière civilisée, sans aucune récidive de violence » après les offensives armées menées ces dernières semaines dans les régions séparatistes.

  • Kiev dénonce une « farce »

Face aux nombreuses irrégularités constatées pendant le scrutin (pas d'observateurs étrangers, pas d'isoloirs et possibilité de voter à plusieurs reprises...), le pouvoir ukrainien a, lui, dénoncé une « farce sans aucune conséquence juridique » et « une tentative sans suite de tueurs et de terroristes de couvrir leurs activités », lundi.

Kiev, à qui Moscou a menacé de couper l'approvisionnement en gaz à partir du 3 juin prochain si elle ne payait pas ses livraisons à l'avance, a annoncé qu'elle accepterait de dialoguer, mais uniquement « avec ceux qui en Ukraine de l'est n'ont pas de sang sur les mains et sont prêts à défendre leurs objectifs de manière légale ». Façon de dire qu'elle n'engagerait pas de négociations avec les séparatistes.

  •  L'UE élargit ses sanctions

Sur le plan diplomatique, les puissances occidentales refusent de reconnaître un référendum qualifié d'« illégal » par Washington et d'« illégitime » par Herman Van Rompuy, président du Conseil européen.

A Bruxelles, le soutien de Moscou aux autonomistes a immédiatement déclenché la mise en œuvre de nouvelles sanctions européennes à l'égard de la Russie. Treize noms de personnalités russes ou prorusses ont été ajoutés à la liste des 48 personnes déjà touchées par une interdiction de visa et un gel de leurs avoirs, de même que deux entreprises criméennes ayant tiré profit de l'annexion de la péninsule par la Russie, selon des sources diplomatiques.

Le 12/05/2014 avec Reuters