Kalachnikov

Plus de 5 000 vues sur YouTube. Le clip de Maestro, tourné en plein cœur de Moulins, armes à la main, est une petite bombe. Traduisant la réalité codifiée d’un quartier qui s’enfonce ?

Armes, liasses de billets froissés, rodéos en pleine rue… le tout porte d’Arras, en plein jour. « Maestro/Sombre dans le coin » ou le clip qui défraye la chronique au son des tirs de kalachs. Plus de 5 000 vues sur YouTube. « Ce que je dis, c’est ce qu’on vit », le flow du chanteur Maestro sur un instrumental de Kaaris donne de Moulins une vision distordue, parfois hallucinante.

Une cinquantaine de jeunes prennent possession des rues, arme au poing pour certains. Le message est clair.

Le « rappeur » de force ou l’expression des maux d’un quartier placé en Zone de sécurité prioritaire (ZSP) qui vient à nouveau de faire la une à la suite d’un vaste coup de filet anti-drogue lancé par le GIPN. Vingt-trois gardes à vue.

Brut de décoffrage

« Dealer pour avoir du biff, rappe Maestro sans le moindre complexe. C’est pas le rap qui me fait grailler, demande à la juge d’instruction. » À la réalisation, Mrbenspict, photographe indépendant, ancien danseur de hip-hop, navigant entre rap et culture urbaine. L’esthétique du clip puise au trash le plus direct. Peu d’artifices. Du noir et blanc brut de décoffrage, pour représenter une jeunesse larguée, nerveuse et fascinée par l’argent facile. Le petit gars dans sa voiture déroulant une liasse froissée de billets de 50 € en constitue la représentation la plus parfaite. De l’argent sale au sens premier du terme. Les éducateurs du quartier doivent s’en mordre les doigts.

« Maestro/sombre dans le coin » oscille entre réalité et fiction. Quant au quartier de Moulins, où se multiplient les faits divers, il n’est rien d’autre que ce qui a été écrit dans ces colonnes : le plus armé de Lille. À défaut d’être le mieux armé.

Par Patrick Seghi le 16/05/2014