Fillon Lunettes

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Par Joris Karl le 20/06/2014

Mercredi, François Fillon s’est lâché dans la presse british.

Le Daily Telegraph en frémit encore de plaisir. Pensez donc, les journalistes anglais auraient mis la main sur un véritable homme de droite français ! Une espèce officiellement éteinte depuis les années 1970 selon les spécialistes. Pourtant, l’« Homo fillonus » existe bel et bien. Même si son sourcil préhistorique pourrait nous en faire douter, le spécimen est visiblement doué de parole et de raison comme vous et moi. Et quand il l’ouvre, ça vaut le déplacement. On se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, il demandait à ses électeurs de choisir « le moins sectaire » entre le FN et le PS, si le candidat de droite était absent au second tour d’un scrutin. La phrase avait fait du bruit. On se disait alors que Fillon avait franchi une étape, brisé un tabou psychologique. Ce n’était donc pas qu’un coup de sang.

Les propos qu’il a tenus cette semaine à la presse d’outre-Manche confirment que l’homme veut se payer une belle cure de droitisation : avec son hommage appuyé à Thatcher – véritable Antéchrist du gauchiste moyen –, l’ex-« chef » du gouvernement ne fait pas dans le détail. Copé out, Sarko rejetant la ligne Buisson, la droite musclée est à prendre, si Marine Le Pen lui laisse des miettes.

Fillon hume l’air du temps avec délice, du haut de son donjon moral : « Je sens une vraie révolte, un désir de liberté, moins d’intervention de l’État dans l’économie et dans la vie privée» Puis, il ose le constat affreusement incorrect : « Les médias français sont, à une majorité écrasante, de gauche. » Audacieuse théorie, non ? Moi qui pensais que Ruquier était un gaulliste orthodoxe et que Yann Barthès lisait Valeurs actuelles !

La métamorphose devient fascinante lorsqu’il prononce cette phrase presque exhumée d’un discours des années 30 : « Nos universités sont des foyers de marxisme. » On imagine la stupéfaction chez le bobo intello découvrant l’impensable saillie dans son Libé préféré. Comment ce chère notable, propre sur lui, comment cet homme lige de la droite sans c… pardon, républicaine, peut-il s’abaisser à une telle déclaration digne d’un Pinochet ? Quoi, nos brillantes universités seraient gangrenées par des troupes de crasseux antifas abonnés à la première année ? Quoi, un syndicat gauchiste déphasé comme l’UNEF y ferait la loi ? Quoi, une majorité de profs y défendraient les thèses chères à l’Anti-France ? Quoi, des étudiants passeraient leur vie à se rêver bolcheviks et sans papiers ?

Fillon rêve d’une révolution thatchérienne….

Si un jour ce type accède « aux responsabilités », moi, je vous le dis, on va voir ce qu’on va voir !