Noah concert

Dur printemps pour Yannick Noah : son dixième album, Combats ordinaires, fait un flop commercial dès sa sortie.

Le chanteur en a écoulé moins de 40 000 exemplaires sur les deux premières semaines, et vient de se faire ravir la première place par La bande à Renaud, qui démarre fort avec 50 000 copies écoulées en seulement une semaine, une différence de taille. Pour une star de l'envergure de Noah, ces chiffres restent très décevants : à titre de comparaison, son album Frontières, sorti en 2010, avait totalisé près de 90 000 ventes sur sept jours. Bref, Combats ordinaires n'a pas encore trouvé son public, malgré la collaboration d'artistes solides comme Jean-Louis Aubert et Grand Corps malade.

Sans tomber dans le catastrophisme, sa maison de disque Columbia reconnaît que les ventes restent en deçà des attentes. Mais on fait remarquer que l'album vient tout juste de sortir, qu'il faut lui laisser du temps pour s'installer sur les ondes, sans compter la promotion qui continue, l'été à venir et la tournée à partir d'octobre, dont plusieurs dates au palais des sports de Paris en novembre... Bref, on croise les doigts en espérant un sursaut. Et surtout, on répète que le marché du disque est atone, en constante dépression.

C'est vrai, mais des succès sont toujours possibles : si l'on met de côté l'exceptionnelle réussite de Stromae (2 millions d'exemplaires avec Racine carrée), on peut citer celle de Florent Pagny (400 000 ventes pour Vieillir avec toi) ou encore Zaz et son Recto Verso (500 000 copies écoulées).

Une image très clivante

Alors, qu'est-ce qui cloche ? D'abord, le nouvel opus de Noah a une tonalité peut-être plus grave que d'habitude, évoquant le temps qui passe, la vieillesse, ou encore sa mère disparue. Des accents nostalgiques qui ont pu dérouter un public habitué à des musiques plus dansantes. Et puis il y a cet engagement politique affiché dès la sortie de l'album contre le Front National, qui a donné d'emblée au disque une image sérieuse et très clivante. Ce n'était d'ailleurs pas forcément prévu : la chanson "Ma colère", ouvertement anti-frontiste, est arrivée au dernier moment, l'album étant quasiment bouclé. Noah l'a écoutée, a été emballé et l'a immédiatement intégrée dans sa liste, imposant même la promo de sortie autour du refrain engagé : "Ma colère n'est pas un front/Elle n'est pas nationale/ Ma colère !" 

Le résultat ne s'est pas fait attendre : une énorme polémique, Marine Le Pen critiquant la chanson, Noah se réjouissant d'avoir provoqué son courroux, et un torrent de réactions sur les réseaux sociaux, ravivant toujours les mêmes reproches contre l'ancien champion de Roland-Garros. "Donner un positionnement politique à une sortie d'album est toujours très compliqué, surtout avant l'été, confirme Matthieu Renard, le rédacteur en chef du site spécialisé Charts in France. Le timing n'est pas forcément idéal : il s'agit plus d'un album de rentrée, pour l'automne. Son public attendait sans doute plus des rythmes ensoleillés et sympas, du Noah classique, et pas forcément un message politique, même si cette approche correspond plus au souhait de l'artiste aujourd'hui."

"J'ai envie de dire certaines choses...."

Noah en a pris son parti et continue d'avancer. Au nom de cette France métissée qu'il incarne un peu malgré lui. Ses différents engagements dans les causes humanitaires lui ont toujours valu la sympathie du public, avant que les regards ne commencent à changer quand il s'est mis à prendre plus fermement position sur le terrain miné de la politique, où bon nombre d'artistes, à commencer par Carla Bruni ou Faudel, ont laissé quelques plumes. 

Soutien à Ségolène Royal, puis à François Hollande, Yannick Noah n'a cessé d'afficher clairement ses sympathies... Son concert, le soir de la victoire socialiste à la Bastille, en mai 2012, n'a toujours pas été digéré par certains. En s'attaquant aujourd'hui au Front National, arrivé en tête des élections européennes, il franchit encore une étape supplémentaire, courageuse mais évidemment très risquée. Par un effet logique et dévastateur, plus il brandit des slogans, plus il radicalise son image et plus sa cote de popularité baisse - il y a deux ans, il était encore la personnalité préférée des Français avant de dégringoler à la 23e place du classement établi par le JDD en 2013

Mais Noah ne lâchera rien. "Je me suis retrouvé dans une espèce de rôle, une position de porte-parole, expliquait-il récemment au Parisien. Et ça continue aujourd'hui. Donc, de temps en temps, avec une chanson, j'ai envie de dire certaines choses..."

Et tant pis si les fans sont moins nombreux.

Le  20/06/2014