Police Albi (Tarn)

L'auteur ou les auteurs de cet article ne sont en rien membres du Front National, du Rassemblement Bleu Marine ou d'un autre mouvement de cette famille de pensée politique -à ma connaissance- et ils ne partagent pas forcément les idées défendues ici.

Boulevard Voltaire

Par Pierre Van Ommeslaeghe le 04/07/2014

C’était le dernier jour de classe. Sans doute une effervescence joyeuse accompagnait la rentrée des élèves. On allait ranger les classes, chanter une dernière chanson, lire une dernière histoire. Et puis se souhaiter de bonnes vacances. Au lieu de cela c’est l’horreur qui est entrée dans la classe de maternelle de l’école Édouard Herriot d’Albi. Une mère d’élève a sorti un couteau et a poignardé la maîtresse. Fabienne Terral-Calmès, 34 ans est morte. Devant ses élèves. Elle laisse derrière elle deux orphelins dont un de six mois.

Les premiers éléments laissent penser à l’acte d’une déséquilibrée. Mais on le sait, les esprits faibles sont facilement influencés. Et si le meurtre d’un enseignant est, heureusement, exceptionnel, on sait que les agressions, verbales ou physiques, ne le sont hélas pas. On ne peut qu’être frappé de ce que cet assassinat intervient alors que l’INSEE vient de publier une étude montrant que 12 % des personnels de l’Éducation nationale ont été victimes de menaces ou d’insultes [PDF]. Soit deux fois plus que dans les autres professions.

Dans une société où l’ignorance crasse s’étale fièrement, et pas seulement chez les footballeurs mais aussi chez les animateurs télé, les chanteurs à la mode, les journalistes et même les politiques, ceux qui ont fait leur métier de la transmission du savoir ne peuvent qu’être méprisés. Dans une société qui ne valorise que le plaisir immédiat, la jouissance facile, qui prône l’extase obligatoire devant les poncifs éculés de la pensée chamallow, ceux qui demandent aux élèves d’étudier, de travailler, de faire des efforts pour une perspective un peu plus lointaine que demain ne peuvent être perçus que comme des empêcheurs de bonheur instantanée, des « méchants » donc.

Si de plus leur hiérarchie même semble dire que ce sont des sadiques se plaisant à mettre des mauvaises notes à leurs élèves, à les sanctionner plutôt qu’à les encourager, au point d’interdire le zéro, de limiter les punitions, d’envisager la suppression des notes, comment les parents et les élèves ne s’insurgeraient-ils pas contre ces bourreaux d’enfants, ces salauds qui empêchent la jeunesse de France de s’épanouir ?

Mais malgré les études, malgré les insultes, malgré les agressions, malgré le meurtre de Fabienne Terral-Calmès, malgré les suicides de Lise Bonnafous, de Nathalie Filippi, de Pierre Jacques, on continuera à traiter les profs comme des privilégiés qui n’ont pas à se plaindre.

D’ici la rentrée le drame sera oublié, les enseignants continueront de souffrir en silence et le pays de Voltaire et Hugo à glisser irrémédiablement vers l’illettrisme.