Gendarme bureau

Des soldats, un contremaître et un général… La bande de cambrioleurs que viennent de démanteler les gendarmes était très organisée.

L’affaire avait débuté en juillet 2013, lorsque les gendarmes de la brigade des recherches de Louhans, en Saône-et-Loire, avaient pris attache, après un cambriolage commis dans la ville, avec leurs collègues de la section de recherches de Dijon : manière d’opérer, description des individus, type de butin… Les enquêteurs louhannais avaient la certitude que ce vol n’était ni isolé, ni le fait de la délinquance locale, et qu’il s’inscrivait dans une très longue série débutée en juin.

Les vérifications avaient continué, et, en recoupant les éléments recueillis sur les lieux de multiples cambriolages, les gendarmes s’étaient aperçus qu’au moins 80, commis en deux mois dans des maisons ou des commerces de Franche-Comté et de Bourgogne, notamment en Saône-et-Loire et dans le sud de la Côte-d’Or, pouvaient être attribués à la même équipe.

Un groupe de travail, rassemblant enquêteurs de Dijon et de Louhans, était alors créé, et le procureur de la République de Chalon-sur-Saône ouvrait une information judiciaire pour vols en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs.

Organisation

À la fin de l’année, les gendarmes avaient déjà identifié un groupe de huit personnes, de nationalité roumaine : sept étaient domiciliées à Besançon, l’une voyageait beaucoup à travers la France.

Filatures, écoutes téléphoniques, planques… Les enquêteurs ont découvert que le groupe, qui vivait la nuit et dormait le jour, était constitué de « soldats du vol », qui avaient au-dessus d’eux un « contremaître », lequel dépendait lui-même d’un « général » domicilié en Roumanie.

Soldats

Les butins, tronçonneuses, outillage, voitures, ordinateurs, téléviseurs étaient expédiés en Roumanie via des bus assurant des liaisons régulières, ou par des sociétés de messageries, parfois même simplement par la Poste. Les soldats touchaient une infime partie du produit des vols, le contremaître se servait un peu plus au passage et le général touchait environ 80 % du total.

Lorsque les gendarmes ont obtenu, en travaillant avec les policiers et les magistrats roumains, la certitude de l’identité du général, qui vivait en Roumanie dans une maison luxueuse au milieu d’un bidonville de Roms, ils ont d’abord interpellé les soldats : 7 personnes, domiciliées à Besançon, ont été placées en garde à vue. Six ont été écrouées à l’issue de leurs auditions, menées avec un interprète.

Contremaître

Un premier « lot » de 25 cambriolages était élucidé. Mais les ordinateurs des spécialistes du rapprochement judiciaire de la gendarmerie de Bourgogne tournaient à plein, et au total, les sept hommes, seuls ou ensemble, parfois avec d’autres, seraient les auteurs présumés de plus de 100 vols et cambriolages commis dans 35 départements, pour un butin total qui se compte ra sans doute en centaine de milliers d’euros.

Restait à trouver le contremaître : au début de juillet, il était interpellé à Bordeaux par la police locale, sur indication des gendarmes dijonnais, et placé en garde à vue avant d’être écroué.

Général

Ne manquait plus que le général… Il y a dix jours, les gendarmes de Dijon et de Louhans s’envolaient pour la Roumanie, où, munis d’un mandat d’arrêt européen, ils interpellaient dans sa luxueuse maison, avec des membres de l’unité d’intervention d’élite de la police roumaine, celui qui est considéré comme le patron du réseau.

L’homme a été écroué dans une prison de Bucarest, et la France a émis une demande d’extradition. Il devrait être remis aux magistrats de Chalon dans les jours à venir.

Les enquêteurs français et leurs collègues roumains n’entendaient pas en rester là : voitures de luxe, propriétés, comptes bancaires, argent liquide… Ils ont débuté le recensement des biens du « général » afin de les saisir en tant qu’« avoirs criminels ».

Par Gilles Dupont le 08/07/2014