Gendarmerie vestiaire

"Traditionnellement, ce n'est pas vraiment un scoop de dire que les gendarmes votent plus à droite qu'à gauche. Mais cette fois-ci, on a des chiffres pour l'affirmer.Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d'entreprise, et ses collègues de l'Ifop viennent de publier une étude sur le vote FN des gendarmes lors des dernières élections présidentielles. Publiée sur le site de l'Essor de la gendarmerie nationale, l'étude est explosive. Elle montre que, dans de nombreux bureaux de vote où une caserne de gendarmes mobiles est installée, le vote FN atteint des sommets. "Les gendarmes et leurs familles peuvent représenter entre 15 et 100 % du corps électoral de ces bureaux de vote", précise-t-on.

Selon les chercheurs, le constat se vérifie dans n'importe quelle ville, quels que soient la couleur politique de la mairie et le contexte général. Ce "survote" FN est ainsi très marqué aussi bien à Hyères, où l'électorat de Marine Le Pen est très fort, qu'à Rennes, à Orléans, à Toulouse ou encore à Lyon. Autre certitude : la gauche est "toujours très faible" dans ce type de bureaux de vote. Par rapport à la moyenne communale, le total Mélenchon + Hollande affiche ainsi un retard de plus de 12,5 points dans le bureau dijonnais, de 14 points à Lyon et de 24 points à Toulouse.

"Chair à canon"

Contrairement à Hollande, Nicolas Sarkozy a semblé bien résister au Front National. Le candidat de l'UMP a en effet obtenu dans ces bureaux de vote des scores très proches de ses moyennes municipales. Un penchant droitier qui n'est pas "totalement une surprise", selon l'Ifop, étant donné les habitudes de vote des forces de l'ordre. L'ampleur du phénomène a, par contre, surpris Jérôme Fourquet, qui y voit trois raisons : "les valeurs, le vécu et l'effet de groupe". En effet, toujours selon l'Ifop, les gendarmes "adhèrent plus que d'autres aux valeurs d'ordre, de patriotisme, d'autorité et de discipline traditionnellement portées par la droite".

S'ajoutent à cela une "cohésion de groupe" et un "esprit de corps" (en particulier pour les gendarmes qui vivent en caserne) qui les incitent à adopter une "même vision du monde". D'autant plus que leurs moyens d'expression sont particulièrement limités, car les gendarmes n'ont, comme les militaires, pas le droit de se syndiquer. Les gendarmes, pour partager leur expérience, n'ont souvent pas d'autre choix que d'échanger sur des forums, sur lesquels les idées véhiculées sont parfois radicales. Enfin, leur conception de la société est "sans aucun doute influencée par la nature et la réalité quotidienne de leurs missions". "Les gendarmes servent souvent de chair à canon, on les envoie au front dans les manifestations, les cités sensibles ou les émeutes. Leur vécu et le quotidien de leurs missions influent forcément sur leurs idées", ajoute le directeur du département opinion de l'Ifop.

La même tendance, mais moins marquée, se retrouve chez les gardes républicains et les surveillants pénitentiaires, dont les missions sont extrêmement rudes. L'étude résume : "Leur quotidien est très éloigné d'un électeur moyen."

Par Marc Leplongeon le 15/07/2014