Gendarmerie mobile Paris 280714

Selon une note de la Préfécture de police de Paris, la majorité des interpellés lors du défilé propalestinien du 26 juillet l'a été avant les heurts.

On s'imagine que lors de manifestations violentes, les forces de l'ordre, en nombre et bien équipées, extraient l'essentiel des interpellés dans la fureur de la mêlée. Il n'en est rien. Confirmant ce dont Le Figaro a été témoin le jour du rassemblement propalestinien interdit, place de la République, le 26 juillet, une note de la Préfecture de police (PP) de Paris, en date du 28 juillet, révèle que l'essentiel des interpellations ont eu lieu «en marge» de la manifestation.

Samedi, Le Figaro expliquait qu'avant l'arrivée de tous les manifestants à République«des dizaines d'interpellations» avaient eu lieu, de façon «préventive», aux fins de «vérification d'identité». Puis très vite, le chiffre de 40 interpellations est tombé. Mais les heurts n'avaient toujours pas commencé. Des arrestations ont bien eu lieu ensuite, au moment des échauffourées, mais l'essentiel des quelque 300 casseurs a pu s'échapper.

Tout s'éclaire dans le document de la PP dont Le Figaro a eu connaissance. Les analystes de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne y écrivent que «le 26 juillet 2014, place de la République, dans le cadre d'une manifestation de soutien à la Palestine, 76 personnes étaient interpellées dans les IIIe, IVe, Xe, XIe, XIVe et XVIIIe arrondissement de Paris, dont 6 mineurs». Loin parfois du lieu du rassemblement.

Pourquoi les casseurs ne sont-ils quasiment jamais arrêtés? «Parce qu'ils courent plus vite que les autres», ironise un syndicaliste de l'Unsa-police, majoritaire chez les CRS. Les avocats des interpellés, eux, ont beau jeu de dénoncer des «arrestations arbitraires», destinées, selon eux, à créer un «effet de masse» pour répondre aux exigences de l'opinion en matière d'ordre public. Une opinion trompée, en somme, par le chiffre. Comme si l'État privilégiait la quantité sur la qualité des interpellés.

Piètre tableau de chasse

C'est ce qui explique peut-être la relative clémence des magistrats avec ceux que le ministère de l'Intérieur présentait pourtant comme des auteurs de flagrants délits en lien avec le mouvement de protestation propalestinien.

Déjà, selon le document de la PP, sur les 76 interpellés, 31 ont fait l'objet d'une simple «vérification d'identité», et «les 45 autres étaient placés en garde à vue, dont 4 mineurs». Or, «à l'issue de la garde à vue, 26 individus étaient laissés libres sans suite judiciaire, 8 étaient déférés, 9 étaient en prolongation de garde à vue et 2 étaient laissés libres avec une convocation».

Piètre tableau de chasse face à 300 casseurs que nul ne pouvait raisonner et surtout pas les trotskistes du NPA, totalement dépassés par les événements.

Âgés entre 16 et 42 ans, ceux qui avaient des antécédents n'étaient que 6, dont l'un, Abdelkrim B., connu pour 13 inscriptions dans les fichiers judiciaires, et Fatma T., inscrite 2 fois. Tous les autres, Pauline, Sarah, Yoan, Sofiane, Fofana, Mejdi, Julien, Ari, Abdelghani, Samuel et Mickael, étaient «inconnus» des services de police. Adrien, 18 ans, condamné à 9 mois de prison dont 5 avec sursis, est même fils de gendarme!

De quoi faire sourire ceux qui, montés en première ligne samedi dernier, et épargnés par le soi-disant «étau» des forces de l'ordre, place de la République, rêvent de recommencer samedi prochain pour une nouvelle manifestation dont l'interdiction sera sans doute brandie. Sans plus d'effets que les fois précédentes.

Par Jean-Marc Leclerc le 29/07/2014