Monnier Thibaut FN 39

Rencontre exclusive avec le nouveau numéro 1 départemental du Front National.

Thibaut Monnier, après Jean-Pierre Mouget puis Ghislaine Fraisse, vous venez de reprendre, à seulement 27 ans, la tête de la fédération jurassienne du Front National. Un difficile challenge ?

"Non, le plus difficile des challenges n’est pas d’être le numéro 1 d’une fédération du FN, mais de se réaliser en tant que jeune dans une France défigurée par les politiques successives de l’UMPS. Issu d’une famille d’artisans et de commerçants, j’ai été éduqué avec le respect de la discipline, de l’effort et de la solidarité. Mon engagement politique est un devoir au regard d’une situation actuelle à contre-sens de mes valeurs. Grâce à Marine le Pen, il est aujourd’hui plaisant de porter la bannière FN. Je n’ai donc pour l’heure aucun mérite ! C’est même assez facile puisque nos sympathisants sont de plus en plus nombreux, engagés et unis. Il s’agit aujourd’hui de restructurer la fédération pour la doter d’un appareil capable de porter des candidats crédibles à toutes les élections. Le premier parti de France aux élections européennes avec 4 000 voix de plus que l’UMP dans le Jura, ne peut s’affranchir d’une représentation locale à tous les niveaux. Des élus jurassiens sont déjà entrés en contact avec nous pour nous rejoindre et porter haut et fort notre projet". 


Que pensez-vous du débat actuel sur la réforme des collectivités territoriales ? 

"La fusion de régions aurait un grave impact sur la population, l’activité économique, les services publics et l’emploi au niveau des territoires. Le déménagement du territoire s’apparenterait à un plan social de grande ampleur en aggravant la concentration dans le chef-lieu des futures régions, et donc le déséquilibre des territoires. L’affichage d’une économie de 12 à 25 milliards d’euros (5 à 10%) relève de l’enfumage pur et simple, relayé et défendu par le président du Conseil général Christophe Perny. L’essentiel de ces dépenses correspond à des compétences obligatoires, donc très peu modulable ; et seule une remise en cause du contenu des interventions des services publics locaux (au-delà des seuls frais de gestion) serait de nature à dégager de telles économies. En période difficile, les réformes institutionnelles sont un handicap pour la puissance, la compétitivité et la cohésion nationale. Une dislocation de la Franche-Comté en tant que région serait un déchirement pour notre identité. Espérons que cette réforme qui semble inéluctable puisse préserver notre terre comtoise… sinon quel sens donnerons-nous à notre devise régionale « Comtois rends-toi, nenni ma foi » !"

L'écologie est un enjeu majeur pour les années à venir... Comment se fait-il que ce mot ne soit jamais ouvertement prononcé au Front National ? 

"L’écologie est au cœur du projet du FN, car défendre le bien commun, c’est aussi s’assurer de l’harmonie entre l’homme et son environnement. C’est un sujet transversal qui nécessite une réponse globale que les "Verts", ces "Rouges" déguisés en plante verte, oublient trop souvent : lorsqu’ils se battent contre les gaz à effet de serre, il prônent en même temps l’ouverture des frontières, a fortiori l’augmentation des flux donc l’augmentation de la pollution. Nous défendons nous, le made in France, et les circuits courts de consommation où le producteur se trouve proche du consommateur. Dans le Jura, il serait grand temps de relancer le débat sur le Grand canal, le transport fluvial étant reconnu le moins nuisible. Cette solution pourrait réduire sensiblement les flux routiers nord-sud qui traversent notre région comme notre département. Par ailleurs, je suis un fervent défenseur de l’agriculture biologique qui, en s’affranchissant des pesticides et en respectant le rythme naturel, nous assure une alimentation convenable : n’oublions pas que nous sommes ce que nous mangeons. Il est primordial d’assurer la qualité de notre alimentation tout en préservant nos terres agricoles. D’ailleurs, dans les cantines scolaires, on devrait imposer le bio plutôt que de supprimer le porc !"

Justement, quelles sont vos actions prévues en faveur de l'agriculture ?

"L’agriculture jurassienne conjugue 3 activités principales : Lait-fromage, céréales, et viticulture. Les Jurassiens furent les créateurs au 19ème siècle du principe de mutualisation. Interval pour les céréales, fruitières à lait, coopératives viticoles.

Cette façon originale de mettre en commun le travail de tous pour tous reflète un état d’esprit qu’il est important de relever. Nous n’avons pas attendu l’Europe pour nous organiser, produire et nous enrichir. Aujourd’hui, les subventions européennes baissent de 20 % en 2014. La nouvelle PAC promise par l’Europe n’est pas définie, d’où l’impossibilité pour les exploitants de prévoir, donc d’investir dans leurs outils de production. Je dirais même que les réglementations européennes perturbent nos exploitations : la production du Comté est en AOP (Appellation d’Origine Protégée), il permet, grâce à l’intelligence des producteurs de lait de Comté, de maintenir une production en équilibre avec la consommation. Pourtant il faut lutter contre la volonté de Bruxelles de créer des brèches dans le Cahier des charges et surtout le Plan de campagne qui peut influencer la production, la qualité et la rentabilité. Le prix en laiterie est de 350 euros les 1000 litres, d’où l’intérêt de protéger ce fromage, fleuron de notre région Franche-Comté. Par ailleurs, Il faut favoriser les renouvellements des exploitations par des jeunes, souvent non issus du milieu agricole, par un mixage en GAEC avec un ancien, assurant la transmission de l’exploitation. La culture bio a du mal à s’implanter car la rentabilité s’effondre du fait de l’augmentation des contraintes sociales salariales, des coûts des traitements et de ses contraintes écologiques en opposition à de nombreux pays émergeants qui n’ont pas les mêmes coûts de production. Il est donc urgent de sortir de cercle vicieux engendré par l’Union Européenne". 


Quelles sont vos solutions pour endiguer la désindustrialisation jurassienne et apporter davantage de soutien aux nombreuses entreprises locales qui souffrent ? 

"Comme beaucoup, j’avais été séduit par les propositions de Nicolas Sarkozy en 2007, mais ses trahisons successives m’ont révélé que le clivage entre la gauche et la droite était une illusion et qu’il fallait choisir une autre voie que celle de la «concurrence libre et non faussée » inscrite dans les traités européens, et qui promeut en réalité la loi de la jungle. La lucidité de Marine le Pen sur les questions de politique économique trouve chez moi un écho particulier. Diplômé d’un master I en droit et d’un master II en intelligence économique et stratégique, repreneur par ailleurs d’une usine en liquidation dans le domaine industriel, j’ai trouvé d’une évidence certaine ses propositions : ré-industrialisation de la France et soutien aux PME, lesquelles sont les premiers créateurs d’emplois en France. Il est évident que notre industrie, soumise à l’euro fort et à une concurrence européenne et mondiale totalement incontrôlée, vit un véritable effondrement. Cette situation d’appauvrissement me révolte, d’autant plus quand elle impacte nos familles, nos amis et nos compatriotes jurassiens. A l’échelle locale, il faut un soutien massif aux PME/PMI par des subventions aujourd’hui quasi-inexistantes, et leur donner la priorité dans l’attribution des marchés publics, rendue impossible aujourd’hui par l’absurde politique européenne".  

Parlons un peu précarité et inversion de la courbe du chômage... Comment réussir là où tous les autres échouent ? 

"Pour réussir, il faudrait retrouver notre souveraineté, cela signifie une renégociation des traités européens. L’échec de Nicolas Sarkozy est complet : depuis 2007, accroissement du chômage de 25% en passant de 2.4 millions à plus de 3 millions de chômeurs en dépit d’une hausse sensible des départs à la retraite. Le chômage touche une génération perdue de 440 000 jeunes de mois de 25 ans et 570 000 personnes de plus de 50 ans. Hollande ne fait pas mieux. Je crois qu’il est temps de sortir de l’hypnose entretenue par les médias à la solde de l’UMPS qui consiste à nous faire croire que l’Union Européenne est la solution optimale pour la France… C’est en réalité une catastrophe économique et sociale. Nous nous appauvrissons et nous, habitants d’un département frontalier, sommes d’autant plus conscients de la perte de notre pouvoir d’achat : ouvriers, employés comme petits patrons. Notre prix Nobel français d’économie Maurice Allais l’avait pourtant prédit, l’Union Européenne, asservie par sa dette et par l’euro, est un instrument au service d’une idéologie ultralibérale mondialiste et des intérêts du secteur financier. Au regard des dernières élections européennes, nous savons que les Français rejettent la soumission aux diktats de Bruxelles.

Les Jurassiens l’ont également prouvé dans les votes d’adhésion massifs au FN, nous plaçant en tête avec 26.69% des voix… La vague bleu Marine ayant atteint nos montagnes."

Le 08/09/2014

Hebdo 39