BPC Vladivostok St Nazaire

Tribune libre de Jean Goychman du 08/09/2014

Cette décision, dont les retombées sur notre pays auront des conséquences lourdes, est contraire à nos intérêts. Le rayonnement français sur le plan international, considérablement affaibli au sortir de la Seconde Guerre mondiale, mais que De Gaulle avait réussi à rétablir, en dépit de toutes les critiques probablement inspirées par nos « amis » américains et anglais, vient d’être torpillé une nouvelle fois. Et cela vient de celui qui occupe aujourd’hui l’endroit même d’où ce renouveau français était parti.

Nous avions depuis un certain temps constaté le « tropisme » américain dont faisaient preuve nos présidents successifs. Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy et enfin François Hollande ont tous montré une certaine mansuétude à l’égard de la politique étrangère américaine, même si le non-alignement de la France en 2003 aux Nations unies concernant la guerre en Irak unilatéralement décrétée par les États-Unis avait permis d’entrevoir une sorte d’inflexion de cette ligne de conduite.

Hélas ! il n’en fut rien. Largement entamé durant les « années Chirac », le retour des forces françaises sous le commandement intégré de l’OTAN décidé par Sarkozy a mis un terme à plus de quarante années d’une liberté d’engagement qui avait fait de la France une nation dont la voix comptait. Et elle comptait d’autant plus que les positions prises l’étaient en fonction de nos intérêts nationaux tout en respectant une certaine éthique sur le plan international. Cette éthique était un savant équilibre entre la recherche de la paix dans le monde et le droit des peuples « à disposer d’eux-mêmes »

Le discours de Phnom Penh de 1966 eut un retentissement planétaire, et faisait suite à la décision prise en 1964 de reconnaître la Chine populaire. Pour autant, la France ne faisait allégeance à personne et n’en était que davantage écoutée. On peut comprendre qu’il soit plus facile et probablement plus « rémunérateur » en termes d’avenir personnel de se situer du côté « du manche plutôt que de celui de la cognée », il est cependant de l’honneur des dirigeants politiques de respecter le contrat qu’ils passent implicitement avec leurs électeurs.

Ce sont bien eux qui se proposent pour gouverner, et ils ne le font pas sous la contrainte. Mais tenir un discours électoraliste de circonstance et agir d’une manière différente, voire en opposition avec les propos tenus, témoigne d’une curieuse conformation d’esprit. Certes, tout le monde peut – et doit même dans certains cas – changer d’avis, notamment lorsque ce qu’on appelle « les intérêts supérieurs de la Nation » risquent de se trouver compromis, mais cela ne saurait en aucun cas devenir une sorte de règle de l’exercice du pouvoir, basée sur un cynisme absolu qui ferait qu’après tout, les électeurs n’avaient qu’à s’en apercevoir avant…

Or, nous nous sommes trouvés engagés ces dernières années dans des opérations dont le lien avec ces intérêts est loin d’être évident. Sans parler du retour dans l’OTAN, étions-nous fondés à intervenir en ex-Yougoslavie ? En Libye ? Nous étions prêts à le faire en Syrie et nous l’aurions probablement fait si les États-Unis n’y avaient pas – à juste titre – renoncé.

Et aujourd’hui, nous intervenons directement contre la Russie en refusant d’honorer une commande pour laquelle nous nous sommes battus afin de l’obtenir. Que nous a fait la Russie à nous, Français, pour qu’une telle décision trouve une justification ?

Avons-nous signé directement ou indirectement un quelconque pacte avec l’Ukraine ou qui que ce soit d’autre qui nous obligerait, à supposer qu’il existe un état de guerre déclaré et avéré entre ce pays et la Russie, à agir de la sorte ?

Certes, on peut évoquer l’embargo de 1967, que de Gaulle avait décidé, lors de la guerre dite « des six jours » entre Israël et ses voisins arabes. Mais ce qu’on omet probablement volontairement de rappeler, c’est que l’embargo décrété le 2 juin 1969 concernait l’ensemble des belligérants de la zone et non pas l’État d’Israël uniquement. Or, dans le cas qui nous préoccupe, la France, liée par son adhésion à l’OTAN, va probablement contribuer à soutenir militairement l’Ukraine. Il n’y a donc plus de symétrie, mais bel et bien une prise de position partisane.

Ainsi, cette position de « non-ingérence » tout à fait respectable et qui avait pour beaucoup contribuer à rehausser sur la scène internationale le prestige de notre pays, est en train d’être abandonnée au moment même où la montée des tensions entre les différents continents la rend plus que jamais d’une évidente nécessité.

Nations Presse Info