Commission européenne Juncker

Tribune libre de Jean Goychman du 11/09/2014

Alors que ce matin notre pauvre ministre des finances se débattait avec les chiffres pour nous expliquer qu’ils n’étaient pas bons, mais que néanmoins et grâce à l’action du gouvernement, ils sont meilleurs que s’ils avaient été pires.

Tout ce cirque auquel nous sommes accoutumés aurait dû nous faire sourire, et nous serions passés à autre chose. Seulement, v’là-t-y pas que la Commission Européenne s’en mêle et commence à s’agiter frénétiquement dès cet après-midi. La France se fait vertement tancer et  sommer quasi sur le champ de fournir des mesures crédibles.

Au sortir de la guerre, les inconditionnels de l’Europe nous expliquait que le rôle essentiel et primordial de ce projet d’Europe Unie, c’était de ramener la paix en Europe. Probablement au cas où il y en aurait « des qu’auraient pas bien compris » et qui voudraient recommencer…

Aujourd’hui, malgré près de soixante ans de palabres et de faux semblants, de maquillage d’échecs en succès éclatants vite oubliés, de duperies qui ne tiennent pas leurs promesses mais avec lesquelles on ne peut rompre car « ce n’est pas prévu » personne ne voit poindre le moindre embryon d’une quelconque réalité européenne, en tant qu’entité économique ou politique.

Nous avons certes une monnaie,’ qui n’est du reste même pas européenne, car certaines nations ont- probablement à juste titre au regard de leur situation économique- préféré s’abstenir. Mais cette monnaie à laquelle la « pensée unique » européenne s’accroche, faisant penser au célèbre tableau de Gericault, ou l’on voit des naufragés hagards tentant de survivre dans un océan démonté, aurait-elle amené avec elle un « nouvel ordre européen » ?

Le fait d’avoir accepté, dans un moment d’euphorie ou d’égarement, de déléguer à une banque centrale européenne un des attributs essentiels de notre souveraineté, implique-t-il que nous devions une obéissance quasi-servile à cette commission européenne ?

Car la France, c’est avant tout le peuple français. Et le peuple français, la dernière fois qu’on l’a consulté au sujet de l’entité politique européenne, c’était en 2005 et il a dit « non ».

Alors, que va faire la commission européenne, si le peuple français n’accepte pas ses remontrances ?

Le dernier conflit entre cette commission européenne et notre pays, c’était en 1965 et c’était avec de Gaulle. A l’époque, la commission avait tenté d’extorquer à la France un marché de dupes qui consistait à échanger les subventions agricoles versées à notre pays contre une augmentation des pouvoirs « supranationaux » de ladite commission. De Gaulle a gagné par KO en ordonnant à nos représentants de ne plus siéger à Bruxelles. Il avait conclu sa prise de position en disant :

« Il faut réviser le Traité de Rome et renvoyer cette Commission » *

Aujourd’hui, de Gaulle n’est plus. Pour autant, même si cette Commission européenne a réussi au fil du temps et avec des procédés plus ou moins souterrains comme le Traité de Lisbonne, sorte de forfaiture qui a consisté à s’asseoir sur la « vox populi » exprimée par les français le 29 mai 2005, elle ne possède pas les moyens de coercition nécessaires pour crédibiliser ce genre de « diktat ». Tout juste peut-elle brandir de vagues menaces qui ne peuvent que rester sans effets notables.

Alors, ne nous méprenons pas. Nous ne verrons pas les chars de la Commission Européenne débarquer à Paris. Elle ne nous exclura jamais de la « classe Europe » comme on le fait avec les mauvais élèves, ce qui serait à la fois logique et probablement salvateur pour notre pays.

Non, rien de tout cela ne sera fait, ni même envisagé. La seule chose qu’elle puisse faire, ce sont des sanctions « à la Gribouille » qui consisterait à nous infliger des sanctions financières que nous ne pourrions payer qu’au prix d’un déficit budgétaire plus élevée alors même qu’on veut nous imposer de le réduire …

Non, tout ceci n’est pas sérieux. La Commission joue la comédie, et elle le fait en parfait accord avec le Gouvernement Français. Ce procédé n’est un aveu d’impuissance dudit Gouvernement à honorer sa propre parole et qui pense qu’en invoquant l’Autorité supérieure de Bruxelles, la peur que celle-ci nous inspire va lui permettre de saigner un peu plus un pays déjà rendu exsangue par des augmentations d’impôts stériles qui n’ont fait que ralentir davantage notre économie. Et la Commission, qui ne peut rien refuser au Gouvernement Français, se prête à ce jeu de « père fouettard » à la fois indigne et inutile.

Un tel degré de « manipulation d’opinion » disqualifie à la fois notre Gouvernement et cette Commission, et ne peut que renforcer encore un scepticisme général qui se développe depuis des années dans notre pays  à l’encontre de ce qu’on voudrait faire passer pour une construction de l’Europe. Toute cette agitation tient plus de la « Commedia Del Arte » afin de masquer la réalité de cette Europe qui s’est faite le chantre d’un néo-libéralisme échevelé qui n’aura réussi en moins de trente ans qu’à ruiner les économies de la plupart des économies des pays de cette zone.

La Commission n’a que « l’apparence d’un pouvoir ». La réalité de ce pouvoir se situe ailleurs, dans les conseils d’administration des grandes banques qui contrôlent les marchés financiers. Et là, on ne voit pas les choses de la même façon. L’intérêt de ces banques est de nous prêter de l’argent, et de l’argent, elles en ont, et même de plus en plus, en raison de la politique monétaire suivie par le cartel des  banques centrales occidentales.  Elles possèdent une arme redoutable qui est le taux auquel nous empruntons sur les marchés pour financer nos dépenses. Non, le but n’est pas de nous conduire à dépenser moins, mais à dépenser autrement. L’objectif est de transférer vers des entreprises privées les secteurs qui sont aujourd’hui sous le contrôle de l’Etat. Cela a commencé par la source même du financement de ces dépenses dites « publiques »dès 1973 et s’est poursuivi d’une manière régulière jusqu’à maintenant.

Chaque fois que les choses n’allaient pas assez vite à leur gré, le spectre du « Père Fouettard » intervenait, donnant à nos gouvernements successifs la justification pour abandonner chaque fois une nouvelle part de notre souveraineté. Certes, cela se faisait dans le climat « bon enfant » des réunions du Conseil Européen, sorte de grand’messe médiatique destinée essentiellement aux grands mouvements de mentons, acte d’autorité incomparable, que font nos dirigeants politiques lors de l’incontournable conférence de presse qui se tient rituellement après chaque réunion pompeusement appelée « sommet ».

Lassée de tous ces jeux stériles, notre opinion publique, beaucoup plus clairvoyante que d’aucuns le supposent, ne croit plus à toutes ces simagrées. Le mensonge est un moyen politique dont l’efficacité est démontrée, à la condition qu’il soit limité dans le temps.

Jusqu’à présent, la bonne mesure était celle de la durée du mandat présidentiel. En gros, celui qui commandait la tournée laissait l’addition à son successeur, lequel appliquait à son tour la même méthode.

Seulement voilà, même les meilleures choses ont une fin.

Le changement, c’est maintenant, disait-il. Et bien, il ne croyait pas si bien dire. L’adoption du Traité dit TSCG, signé sous Sarkozy en mars 2012, a été ratifié en octobre de la même année sous Hollande, malgré l’engagement qu’il avait pris de le renégocier. Il a commis là une erreur politique car ce traité confiait pour la première fois un réel pouvoir financier à la Commission. Même si celle-ci ne peut en user dans l’état actuel des choses, pour des raisons évidentes, cette erreur a discrédité  immédiatement François Hollande aux yeux d’une majorité de français alors qu’un refus de le faire l’aurait grandi auprès de cette même majorité.

Cette prise du « doigt dans le pot de confiture » l’a disqualifié pour toute la suite de son mandat. Les changements de gouvernements incessants, loin d’obtenir une sorte de « délai de grâce » comme à l’accoutumée, ne sont interprétés que comme des preuves manifestes d’incompétence et d’impuissance à peser sur le cours des choses et le recours à la menace des foudres de la Commission Européenne ne fait qu’aggraver ce sentiment.

C’est un jeu dangereux, car certains de nos « amis » en profitent pour affirmer un peu plus leur qualité de « meilleur élève de la classe ». Ceci risque de déboucher à terme sur un regain de tension entre pays déjà économiquement concurrents. N’oublions pas que la Guerre de Sécession a débuté sur une ingérence mal vécue de l’Etat Fédéral américain dans les affaires de certains états du Sud. Bien que le risque apparaisse aujourd’hui très éloigné, il serait quand même extraordinaire qu’on assiste à une sorte de « froid politique » entre des nations qui souhaitent coopérer pacifiquement sur tout un tas de choses, mais qui  visiblement ne tiennent pas à financer les « turpitudes » des autres.

*Opus Citendi  A Peyrefitte « C’était de Gaulle » Tome 2 p 297

Gilbert Collard