Mâcon 1 (71)

«En 2012, j’avais voté Hollande, puis Thévenoud. On ne m’y reprendra pas. Je vais avoir du mal à voter pour la droite, mais s’il le faut oui, car pas question d’avoir un député FN chez nous. On est déjà la risée de la France, ça suffit», lâche Michel, 23 ans, en recherche d’emploi dans le BTP.

En juin 2012, profitant de la présidentielle et de divisions à droite, le socialiste avait relevé haut la main - avec 54,13% des voix au second tour - le challenge qu’Arnaud Montebourg l’avait convaincu de tenter dans une circonscription certes redécoupée, mais tenue depuis 1993 par l’UMP Gérard Voisin, qui briguait un cinquième mandat.

Deux ans et un scandale plus tard, une défaite du PS est largement pressentie en cas de démission de Thomas Thévenoud - réclamée par le gouvernement, mais exclue par l’intéressé - et de nouvelle élection. Peut-être aussi cinglante qu’après l’affaire Cahuzac à Villeneuve-sur-Lot, où le parti avait perdu deux voix sur trois au premier tour par rapport à 2012. L’UMP l’emportant sur le FN au second.

A droite comme à gauche en Saône-et-Loire, tout le monde voit le parti de Marine Le Pen - qui a obtenu 22,10% des voix dans la première circonscription aux européennes, derrière l’UMP (25,06%) et loin devant le PS (14,81%) - au second tour d’une partielle.

«Comme aux européennes, je vais voter pour le FN. Il faut que le PS et la droite comprennent qu’on n’en peut plus d’être pris pour des imbéciles», lance d’ailleurs Christine, mère au foyer à Salornay-sur-Guye.

«On a été trompé»

Dans ce village où reposent Lucie et Raymond Aubrac, et où Thomas Thévenoud avait obtenu plus de 60% des voix en juin 2012, les paroles sont cinglantes.
«On a été trompé et notre député s’est moqué de nous», dit Maurice, quinquagénaire. Lui ne votera plus pour le PS. Sandra, 20 ans, restera fidèle: «C’est mon parti (...). Mais c’est vrai, Thomas Thévenoud a caché ses erreurs par seul goût du pouvoir. Je lui en veux. Pourquoi nous on paie et pas lui».

Jérôme, 57 ans, ouvrier dans le bâtiment, approuve: «pour joindre les deux bouts, je prends trois semaines de vacances pour faire les vendanges». Son bulletin irait à l’opposé: «je vais voter FN au 1er tour, pour envoyer un signal, et au deuxième je voterai pour le candidat de droite. Car au moins Sarkozy respectait les gens qui travaillent».

Pour récupérer son fief, la droite devra taire ses divisions, la probabilité d’une victoire aiguisant les appétits alors qu’une nouvelle désunion profiterait au FN. Au premier tour en 2012, Jean-Patrick Courtois, sénateur maire UMP de Mâcon, n’avait rien fait pour dissuader son adjointe divers droite Christine Robin de diviser son camp.

Selon des sources locales, en cas de partielle, Gérard Voisin peut rêver d’un come-back, Christine Robin estimer que son heure est venue. Jean-Patrick Courtois, pensant à sa succession à la mairie en 2020, pourrait lui pousser son premier adjoint, Yoann Charlot.

Chez les socialistes au contraire, on ne se bousculera pas pour aller au casse-pipe. Jacques Boucaud, candidat (très) malheureux aux municipales à Mâcon, n’aurait guère envie de se brûler les ailes une seconde fois. Pierre Martinerie, vice-président du conseil général, jouirait de la meilleure notoriété, mais préférerait conserver sa place. Stéphane Guiguet, enseignant de 42 ans, conseiller d’opposition actif à Mâcon n’ayant rien à y perdre, pourrait monter au front. Ou Jean-Luc Fonteray, élu du canton de Cluny.

Au FN, Sébastien Alloin, patron de la fédération de Saône-et-Loire, pourrait enfin être préféré à la candidate de 2012 pour porter l’étendard bleu marine.

Le 11/09/2014

Le Progrès