Hollande mai 2013

Dans sa quatrième conférence de presse, le chef de l'État a tenté de faire face à l'impopularité et a reconnu qu'il n'était pas sûr d'obtenir des résultats avant 2017.

Dehors, la pluie, comme il se doit en Hollandie. Des rideaux d'eau, tombés par surprise, une demi-heure avant la conférence de presse de François Hollande, décidément constant dans la malchance. À l'intérieur du palais, une tension, une gravité particulières. Ni les dorures des boiseries ni les lustres étincelants de l'imposante salle des fêtes de l'Élysée n'ont pu éclairer ce sombre climat.

À mi-quinquennat, la situation est catastrophique pour François Hollande, qui abordait cette quatrième conférence de presse depuis 2012 dans une situation d'extrême faiblesse. Résultats économiques désastreux, vie privée déballée sur la place publique, majorité déchirée, popularité au plus bas: le président s'est efforcé de se défendre pied à pied, mais a laissé filtrer, pour la première fois peut-être, des inquiétudes et des doutes. Sur l'avenir du monde et du pays, les crises du moment, sa politique qui ne produit pas encore de résultats ou encore ses choix «pas faciles». C'était l'anaphore du jour, comme l'aveu d'un président un peu désabusé, loin, très loin de son optimisme légendaire. «Les résultats, s'ils peuvent venir, je les prendrai», a-t-il lâché, en espérant que cela soit «avant 2017».

«Mon premier devoir, assurer la sécurité de la France»

Alors que les appels à la démission ou à la dissolution se sont multipliés ces dernières semaines, le chef de l'État a voulu les faire taire, indiquant qu'il ferait son «devoir jusqu'à la fin de (son) mandat» et qu'il ferait «ce mandat pleinement, sans (se) préoccuper de la popularité». Puis, parce qu'il fallait apparemment le préciser: «Je serai président jusqu'au bout.» Jusqu'en 2017, donc, même si, une nouvelle fois, François Hollande a émis un doute sur la possibilité de se représenter. «L'idée de la candidature n'est pas présente. (…) Mon sort personnel n'est pas mon objectif.  Je suis président. Je ne suis pas candidat

Face aux dangers pointés (terrorisme en Irak et Syrie, épidémie d'Ebola, menace de fragmentation de l'Union européenne, montée des populismes…), le président a tenté de se poser en protecteur, en chef de guerre qui «décide» (lire ci-dessous). «Mon premier devoir, c'est assurer la sécurité de la France», a-t-il insisté. Une façon de soigner sa stature présidentielle au moment où Nicolas Sarkozy s'apprête à revenir. C'est d'ailleurs par le mépris qu'il a parlé de son prédécesseur à l'Élysée. «Il ne m'appartient pas, en tant que président de la République, de commenter les éventuelles déclarations de candidature à la tête d'un parti, a-t-il dit. Ceux qui ont gouverné le pays hier et même avant-hier ont parfaitement le droit de prétendre le diriger demain ou après-demain

Toujours dans un registre présidentiel, le chef de l'État le plus impopulaire de la Ve République a cherché à se montrer rassembleur, garant de la République, de la cohésion nationale, terrain qu'il investit rarement, lui préférant habituellement un registre économique. «La justice est indépendante, la presse est indépendante, nous le voyons tous les jours, en tout cas moi», a-t-il lancé, dans l'un des rares traits d'humour (humour triste) de ce rendez-vous. Soucieux d'apporter une réponse à l'affaire Thomas Thévenoud - qui n'est pas «digne de rester à l'Assemblée nationale» -, il a promis que le gouvernement écouterait la Haute Autorité pour la transparence, si celle-ci demandait plus de moyens.

Hollande a défendu sa politique économique de l'offre, qui fait l'objet de débats au sein de sa majorité, et en a profité pour rappeler à l'ordre les frondeurs. Ils peuvent continuer à débattre, «mais dans la ligne que j'ai fixée». Le président a encore vanté son choix de la compétitivité et du soutien aux entreprises. «Un choix irrévocable», a-t-il martelé, en reconnaissant que cette politique n'était «pas facile devant les Français, alors que tant de besoins sont insatisfaits, pas facile devant la majorité, qui aurait voulu qu'on distribue davantage». «C'est dur», a-t-il conclu, évoquant la fonction présidentielle et ses servitudes.

Par Solenn de Royer le 18/09/2014

Le Figaro