Gazole

Le gouvernement veut augmenter les taxes du carburant préféré des Français pour compenser, entre autres, le manque à gagner de l'écotaxe.

À quelques jours de la présentation du budget 2015, une mesure préoccupe particulièrement le gouvernement: la hausse de 2 centimes par litre de la taxation du gazole l'an prochain pour remplacer le manque à gagner de l'écotaxe nouvelle version. Alors que la décision est prise selon plusieurs sources concordantes, Christian Eckert n'a pas démenti l'information, se contentant de confirmer que c'était bien l'une des hypothèses sur la table. «Le Parlement se saisira de cette question», a déclaré vendredi le secrétaire d'État au Budget sur Sud Radio. Manière de dire, comme c'est régulièrement le cas, que cette mesure très impopulaire ne serait pas inscrite dans le projet de loi de finances (PLF) par le gouvernement mais pourrait être déposée par amendement parlementaire lors du débat à l'Assemblée. D'où la nuance du ministre: «S'il y a des propositions de financements différentes ou complémentaires, tout cela peut évoluer.»

On peut aisément comprendre les contorsions de l'exécutif. En plein «haut-le-cœur fiscal», selon l'expression de Manuel Valls qui martèle depuis des mois que le temps des hausses d'impôts est révolu, cette mesure risque d'être mal accueillie par la population. Et ce, d'autant que cette hausse de 2 centimes sur le gazole s'ajoutera à une autre augmentation programmée du même montant, liée à la montée en puissance de la contribution climat énergie entrée en vigueur en avril. Une double hausse des taxes sur le gazole qui engendrera un surcoût non négligeable de, peu ou prou, 2 euros pour un plein de 50 litres.

60 % de voitures diesel

«On ne peut pas réclamer de nouvelles autoroutes, de nouvelles infrastructures ferroviaires sans que nous trouvions en face de nouveaux financements», s'est justifié Christian Eckert. Le gouvernement ne considère d'ailleurs pas cette nouvelle mesure comme une hausse d'impôt, puisqu'elle servirait uniquement à atteindre les recettes fiscales initialement prévues pour la première mouture de l'écotaxe (1,2 milliard), retirée en novembre 2013 face à la révolte des «bonnets rouges». La version corrigée est en effet supposée rapporter seulement 600 millions l'an prochain. Et encore, la réalité devrait être en deçà puisque le nouveau dispositif, qui devait démarrer le 1er janvier a été repoussé aux «tout premiers mois de 2015», a expliqué Alain Vidalies, le secrétaire d'État aux Transports.

Il n'empêche, la substitution d'une taxation sur les poids lourds par une autre sur les ménages va immanquablement être assimilée par les Français à une hausse de la fiscalité, d'autant plus visible que 60 % des voitures en France roulent au diesel. Le gouvernement mise toutefois sur une baisse des cours du pétrole, amorcée ces derniers mois, pour rendre cette décision indolore pour le portefeuille des automobilistes. Christian Eckert met aussi en avant le fait que «la taxation du diesel est déjà très favorable» en France.

Un alignement des prix du gazole sur ceux de l'essence (l'écart est d'environ 20 centimes) avait déjà été évoqué l'an dernier. Mais «pour ne pas obérer le pouvoir d'achat des ménages» ni «mettre en difficulté» les constructeurs français, la décision avait été ajournée tout en restant «ouverte pour la suite», selon le prédécesseur de Christian Eckert au Budget, Bernard Cazeneuve. Nous y sommes. Et cette fois, le gouvernement devra probablement passer en force face au mécontentement des consommateurs et des constructeurs.

Par Cyrille Pluyette le 27/09/2014

Le Figaro